La Nouvelle Frontière du Nucléaire

Hier matin, la nouvelle est tombée, avec l’effet d’une bombe, une bombe H, évidemment. L’Allemagne de Angela Merkel décidait de sortir progressivement du nucléaire à l’horizon 2022. Sûr qu’une telle annonce a dû titiller, stresser, voire énerver le lobby nucléaire, Anne Lauvergeon en tête, puisqu’une décision de la sorte prouve, s’il en était besoin, que mettre de côté l’énergie de l’atome, ne constitue pas une hérésie.

Quel symbole! Une physicienne de formation, Angela Merkel, se voit obliger de suivre l’opinion populaire en liquidant sur le long terme le nucléaire. Comme si un maçon se faisait construire une maison 100% en bois. Cela devrait réfléchir les plus indécis d’entre nous, comme les pathétiques, ignares, irresponsables et inconscients énarques ou avocats de nos haut-fonctionnaires.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que le lobby du nucléaire se fasse entendre via des médias aux ordres ou des organisations mondiales de l’énergie.
Pour vous en convaincre lisons les titres: « Les dangers de la transition énergétique allemande » Il est vrai qu’à côté Fukushima doit être une broutille comparée à une explosion…d’une éolienne.
Nucléaire : Paris « respecte » la décision de Berlin mais ne l’imitera pas La France Sarkoziste ne va pas tirer une balle dans le pied à une industrie capable de faire varier en milliards d’euros la balance commerciale déjà en déficit record! Et puis le nucléaire, c’est l’ombre de De Gaulle, un symbole déjà trop piétiné par Sarkozy himself, pour l’être encore un peu plus. Seul un nouveau De Gaulle aurait finalement l’audace, le courage politique de renoncer à sa propre politique énergétique, valable et justifiée à l’après-guerre, archaïque et dangereuse de nos jours.

Quant aux réactions de nos politiques:
– Jean-François Copé, « 85% de notre énergie est produite par le nucléaire (…) C’est aujourd’hui un élément majeur de la puissance industrielle de la France ».
– François Fillon, la France « respecte la décision allemande », mais que ça n’est « pas le choix » fait par son gouvernement, qui voit en cette énergie une « solution d’avenir ». »Ce choix reste pertinent, parce que la France a acquis ainsi une forte indépendance énergétique, elle dispose ainsi d’une électricité 40% moins cher que dans la moyenne des autres pays européens. Les ménages allemands par exemple paient leur électricité deux fois plus cher ».
Le meilleur n’étant pas Nicolas Sarkozy, mais bien le député Claude Gatignol, coprésident UMP du groupe d’études « énergies » de l’Assemblée nationale, comprendre groupuscule pratiquant le lobbying pro-nucléaire, défenseur de l’exploitation des gaz de schiste, partisan des OGM qui parle d ‘ « Une folie verte » pour décrire la décision allemande.
– Côté PS, nous avons un tout autre registre Martine Aubry estime que « la méthode » de l’Allemagne « est à suivre » Si nous voulions une définition de la récupération politique, nous l’avons. Car avec le recul nécessaire, on peut se demander ce qu’on fait les socialistes lorsqu’ils ont eu le pouvoir, sinon continuer dans le « tout nucléaire »? Pourtant le problème du réchauffement climatique comme de la menace nucléaire (civil comme prolifération à des fins militaires ou terroristes)

Mais le lobby nucléaire emploie le « parasitage médiatique ». Ainsi comme par hasard, le jour de l’annonce de Merkel, forcément prévisible car planifié, on apprenait étrangement que, asseyez vous cela fait terriblement peur: « Pollution : les émissions de CO2 ont atteint un niveau record en 2010 »
Le message à l’attention du veau français moyen est le suivant: le nucléaire est la seule technologie permettant de produire autant d’énergie à un coût si faible pour une si dérisoire émission de CO2. Faire le choix du nucléaire, c’est protéger la planète! NAllez dire ça aux habitants de Fukushima!
Outre Mme Lauvergeon, il faut aussi des influenceurs de marque déconnecté directement d’Areva et d’EDF mais ayant leurs entrées dans les organisations dites « écolo ».
Entre en scène Jean-Marc Jancovici, ingénieur de Polytechnique, ami de Nicolas Hulot, trouve dans le nucléaire un avantage indéniable : le respect possible du protocole de Kyoto.
Et de retrouver Jancovici, consultant pour des articles pseudo-scientifiques dans Métro Journal pour expliquer combien de CO2 produit un paquet de biscottes à produire, combien de CO2 émet une voiture, un solex et tous ces chiffres absurdes censés à terme dégoutter le français le plus écolo qui soit.
Il faut lutter contre le CO2 = vive le nucléaire. Voilà le nouveau crédo du lobby d’Areva et d’EDF repris par un homme de la Fondation Hulot.
Ignoble mais efficace. Et pour celles et ceux qui douteraient encore, Mr Jancovici donne des cours à l’Ecole des Mines… qui comme chacun sait est le temple sacro-saint du lobby nucléaire.
Au fait quelle école a faite Anne Lauvergeon? Les Mines. Comme feu Georges Besse, le vrai père du nucléaire civil en France, qui a d’ailleurs fait comme Jancovici, l’X à Palaiseau.

Le temps c’est de l’argent!
Car le but n’est pas de faire obstacle à tout prix aux écolos, il est de gagner du temps. 5,10,15 ans, qu’importe. Chaque année qui passe, ce sont des milliards d’euros de gagner. Ainsi les grands groupes pollueurs comme Total, commencent leur lente et longue révolution vers les énergies plus propres comme le solaire (avec le rachat de SunPower), histoire de redorer son image de marque tout en pérennisant ses bénéfices et l’entreprise. Idem pour GDF Suez capable de faire construire des barrages en pleine Amazonie tout en se lançant dans les éoliennes et le biogaz.
Des groupes énergétiques aux multiples technologies de moins en moins attaquables sur le plan de l’environnement puisque la contre-attaque communicante demeure toute trouvée: une part non négligeable de nos investissements est dédié aux énergies renouvelables.
Que voulez vous dire ensuite? Que ce taux n’est pas suffisant, et ils vous rétorqueront que c’est mieux que par le passé, mieux que leurs concurrents et que le tout « sans CO2 » reste impossible eu égard à la consommation nationale. Imparable.

Évidemment, ce même lobby oubliera bien volontiers de vous rappeler
– l’indépendance toute relative de la France, puisque que l’essentiel du minerai est à l’étranger, dans des pays politiquement à risque, notamment au Niger (rappelez-vous les otages)
– que le centre de retraitement de la Hague rejette 400m cube de saloperies radioactives dans la Manche dans l’indifférence générale, chaque jour (sic!)
– que l’extraction du minerai comme la construction des centrales engendrent des émissions de C02 (milliers d’aller-retours de camions, milliards de tonnes de béton etc…)
– que l’extraction du minerai contamine en radioéléments dangereux les abords de la mine, les nappes phréatiques, les sols alentours etc…
– le prix de l’électricité en France qui ne cesse de monter avec la loi NOME pour rendre compétitif les producteurs alternatifs (comme Direct Energie patron Bolloré ami de Sarkozy) et pour financer le renouvèlement des centrales (35 milliards d’euros à trouver soit 600 millions d’euros par réacteur sur 20 ans!)
– que les prestataires sous-traitants d’EDF, chargés de la maintenance, sont les plus soumis aux radiations sans toutefois avoir un statut digne de celui des salariés internes de EDF
– que le nucléaire, si les normes en vigueur ne sont pas respectées comme en France ou au Japon, peut rendre invivable une zone entière d’un pays, d’où le refus catégorique de petits pays comme la Suisse
Inutile de parler des radiations, des cancers et toutes ces joyeusetés…

Alors, il est vrai que, bêtement, la décision allemande oblige dans un premier temps à pallier le manque par… l’importation d’électricité, l’utilisation de charbon et de gaz. Mais en contrepartie, faisant naître un besoin d’une énergie plus propre, c’est évidemment toute la filière éco-énergétique allemande qui va se voir booster par les aides et le marché naissant. Un tremplin pour des milliers d’emplois présents et futurs!
Une décision éminemment politique, voulue et pleinement assumée, qui ne doit pas être vue comme farfelue car « politique » comme se plaisait à pointer du doigt Anne Lauvergeon.
Car des « décisions politiques », il y en a eu. En France, nous parlerons malgré tout de la tartufferie gouvernementale du Grenelle de l’Environnement, mais plus loin de nous, souvenons de la « Nouvelle Frontière » de Kennedy: la conquête de la Lune et de l’espace.
Qui a l’époque aurait parié un kopeck pour les USA? Quelle folie même, des milliards de dollars de subventions pour développer à partir de zéro (ou presque) une technologie nouvelle…pour décrocher la Lune! Une décision politique qui au final a mené à une écrasante supériorité géostratégique et un déferlement d’innovations technologiques, aux applications tant militaires que civils.
Alors Mme Lauvergeon oseriez-vous dire que JFK avait eu tort par sa décision politique?

Plutôt que de défendre des intérêts purement financiers, Anne Lauvergeon devrait plutôt s’évertuer à nous expliquer comment une société aussi « responsable » qu’Areva, après la catastrophe japonaise, peut encore conseiller ses clients à installer ses centrales nucléaires… en pleine zone sismique, comme ici à Jaïtapur en inde.
De la même manière, nous pourrions lui demander pourquoi le groupe français du nucléaire s’entête à fabriquer du MOX, un combustible bien plus dangereux en raison de la présence de plutonium retraité, composé hautement radioactif (présent à Fukushima). A moins que ce ne soit par pur mercantilisme, et non par souci de recyclage.

Si nous continuons la comparaison avec la conquête de l’espace, cette révolution anti-nucléaire connaitra ses heures de doute, son lot de critiques, de sceptiques, de naïfs, a contrario d’illuminés. Ce sera long, dur, pénible, éprouvant et impliquera de nombreux sacrifices (impôts nouveaux, tarifs en hausse…)
Mais la nécessité de diminuer drastiquement l’empreinte écologique de l’Humanité tout en garantissant réellement la sécurité des biens, des personnes comme des zones de vies impose aux gens responsables et en responsabilité de s’orienter vers la voie de l’abandon, à long terme, du nucléaire. Cette Nouvelle Frontière à dépasser.

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Une réflexion sur “La Nouvelle Frontière du Nucléaire

  1. C’est sûr que Fukushima aurait du faire réfléchir : les Allemands ont pris leur décision ; en France, dormez braves gens « on a les centrales les plus sures du monde » et d’ailleurs on va faire des tests pour le prouver (notez bien que l’on ne va surtout pas tester la résistance de ces « bijoux technologiques » à un crash d’avion) et ……. les milieux des banksters ont déjà réfléchi aux conséquences de Fukushima : L’agence de notation financière Moody’s a annoncé qu’elle pourrait abaisser la note de la dette à long terme du Japon dans les trois mois, citant l’endettement massif du pays aggravé par le récent séisme dans le nord-est. Voilà, comme si les japonnais n’étaient pas assez dans la merde après un séisme, un tsunami et un accident nucléaire, voilà donc que cette agence de cotation va leur y enfoncer un peu plus la tête !!!! Qui en parle dans les grands médias ???? Personne ; Les journalistes n’y ont aucun intérèt puisqu’il n’y a pas d’émotion là dedans !!!!
    « Politiciens et journalistes : deux espèces en voie de prolifération caractérisées par une langue d’un bois si dur qu’on pourrait en faire des battes de base ball; » (Harlan Coben in Temps mort »)

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