Doc TV: Quand Envoyé Spécial flingue les entreprises de Sécurité

Ah si seulement nous pouvions avoir un tel niveau d’investigation chaque semaine. Car le reportage d’hier soir consacré aux entreprises privées de sécurité (aéroport, stade, ville…), déjà annoncé comme « exclusif » par les médias puis dans le JT de l’infâme Pujadas, valait bien son pesant de cacahuètes.

On démarre en fanfare avec la ville de Rueil-Malmaison remplaçant de plus en plus ses agents municipaux trop coûteux par des employés privés. On y voit un agent cynophile récupérer les clés au commissariat municipal en vue de faire sa ronde des pavillons à surveiller.
Et bizarrement, on imagine déjà l’intérêt de ce genre de personnel, outre l’aspect financier confirmé par le maire UMP – Patrick Ollier (mari de MAM) – c’est le caractère flexible, aisément remplaçable.
Le genre de personnel non syndiqué, qui fera ce qu’on lui dit, dans les conditions de sécurité imposées avec le matériel ou l’absence de matériel imposé. Pratique et corvéable à merci.
Et puis en cas de coup dur, pour faire dans le cynisme: un de perdu, dix de retrouvés?

Le cœur du reportage mais pas forcément la partie la plus croustillante, la surveillance des bagages dans les aéroports. Sachez mesdames et messieurs les voyageurs, voyageuses que vous payez 9 euros de taxe par billet, pour assurer votre propre sécurité… surveillance de pacotille qui ne vaudrait pas 2 roubles!
Certes ne faisons pas de généralité mais il semblerait que l’absence de (réelle) formation de la majorité des personnels de sécurité soit le point faible du système.
Le reportage montre deux écoles: l’une qui fait payer plusieurs milliers d’euros les 6 jours de formation devant de simples ordinateurs, simulant l’écran d’un équipement de radiographie de bagages. Plus de 400 images à retenir. De manière saugrenue, le formateur sera…le futur contrôleur, ce qui laisse place à toutes les dérives possibles. Ainsi devant même les caméras, celui-ci donne la solution à une des questions de l’examen final à une candidate « en déroute ».

Une deuxième société est visitée par l’équipe de journalistes, une société plus sérieuse qui, elle, fait s’entrainer ses futurs employés sur de vraies machines à rayons X, avec de vraies armes en quasi-situation réelle.
Le patron nous explique que ne pas avoir touché, vu et palpé les produits explosifs ou les armes à détecter plus tard revient à faire une maison…sans les fondations: « Ils n’ont pas les bases ».
Mais on n’en saura pas plus des méthodes d’examens de cette firme certainement plus responsable que la première.

Pour couronner la partie « recherche », la journaliste instigatrice de l’enquête obtient le témoignage d’une formatrice qui avoue la méthode phare depuis plusieurs dizaines d’années pour truquer les examens: les candidats travaillent sur les questions, les mêmes que celles qui seront posées au final. Facile, imparable et sans contrôle de l’Etat. Que ce soit à l’examen comme dans les aéroports, in situ.
Un Etat, complice car inactif voire mensonger, à entendre le commissaire de la DGAC, qui dans une première allocution rassure la journaliste quant au sérieux des entreprises privées de sécurité. Puis dans un deuxième temps, après avoir vu la vidéo de la repentie formatrice, avoue la faille qui secoue la profession et qui sera corrigée dès 2011 – la bonne affaire! – en vertu de l’uniformisation avec le droit européen.

Moralité: il ressort que les personnels qui contrôlent nos bagages sont sous qualifiés et ne servent qu’à dissuader les plus maladroits des criminels et terroristes. Pour le reste…

Après la théorie, la pratique, avec le passage le même jour à 2 aéroports différents (Roissy puis Marseille) d’un pistolet 9mm comme ceux portés par la police. L’arme a été auparavant démontée et ses pièces reparties dans deux sacs différents.
A chaque fois, et donc en mettant de côté la chance du débutant, la journaliste est passée sans encombre.
Le criminologue interviewé analyse la vidéo des passages:
1/ Les bagages ne sont pas placés correctement: ils devraient être mis suivant un angle de 45° par rapport au tapis roulant sur la zone la plus plate du bagage. Mis dans l’axe: 1 chance 2 d’échapper les contrôles (sic!)
2/ Les personnels ne sont manifestement pas formés à voir les armes en pièce détachées, puisque une inspection fouillée d’un des sacs n’a pas permis d’arrêter la journaliste.
Tout cela confirme malheureusement les expertises multiples qu’a pu faire par le passé le criminologue, des expertises demandées et payées…par l’Etat,lui-même, bien au courant des lacunes grossières. 9 fois sur 10, les contrôles se révèlent défaillants!

Autre domaine de la sécurité, la surveillance des stades. Et là, nous avons le summum.
Employé de sécurité embauché devant le parc des princes, sur le trottoir: un candidat spontané, très motivé sans la moindre formation se fait recruter par le patron de la société… société, leader de la sécurité du parc des princes!
C’est parfaitement illégal mais visiblement, cette homme et son entreprise ont une immunité totale.
Une autre personne est présentée cherchant arrondir ses fins de mois et avouant ne s’occuper que du fret à Roissy. Elle n’y connait strictement rien dans la gestion de la foule. De plus son gabarit ne permet pas d’être rassuré quant à sa capacité de contrôler un petit groupe. Au pire il appellerait à l’aide dans un talkie-walkie.
45 euros, 4h de travail, aucune formation. Un beau petit job. Quant à la vraie sécurité…

Heureusement, ils sont là…
entreprises privées de sécurité

Autre angle concernant le foot, le reportage montre un supporter qui obtient 4 places malgré son interdiction de stade! Il redonne ses places à la journaliste qui, avec ses collègues, se rend au Parc des princes, utiliser ses billets, parfaitement acceptés. Alors même que ses places sont nominatives, que la personne indiquée sur ces billets est interdite de stade.
Comble de l’ironie: une des surveillantes du parc n’a même pas fait attention que sur le billet, le prénom était celui-ci d’un homme…et que la porteuse dudit billet était UNE journaliste.
Simplement lamentable…
Et on apprend pour finir que les « stewards » – comprendre les personnels chargés de la sécurité – se permettent de passer à tabac les supporters un peu trop enjoués et que le commissariat le plus proche – au mépris de la loi – refuse toute plainte à l’encontre du PSG. Beau tableau!

Terminons par la cerise sur le gâteau: la ville de Corbeil-Essonnes, maire UMP, Serge Dassault au moment des faits.
Des incidents suspects ont eu lieu il y a plusieurs années à la cité des tarterêts: incendies, dégradations…
L’un des collèges de la ville a même été attaqué à plusieurs reprises. Après le dépôt d’une plainte d’un vigile de l’établissement, il se révèle que la société SPSC faisait tout pour avoir des nouveaux contrats avec la ville…au point de créer artificiellement cette sécurité.
Un petit tour dans les livres de compte jusqu’au années 2002 permet de voir une étrange coïncidence entre des bâtiments incendiés et des missions de gardiennage…parfois d’une journée, voire d’une nuit!
Le top: le versement de pyralène (issu de transformateur) de l’ancienne papeterie. Au final, c’est la société SPSC qui a obtenu un juteux contrat de gardiennage.
Au final depuis 2002, 3.4 millions d’euros dépensés par le contribuable. Alors même que le numéro 3 de la société aujourd’hui disparue, n’est autre que Jean-François Bayle le maire remplaçant de Serge Dassault inéligible. Le hasard fait mal les choses.

Quelles conclusions après un tel reportage consternant?
1/ De qui se moque-t-on? Quid de toutes ces annonces chaque semaine:
– contrôles renforcés aux aéroports
– contrôles renforcés aux abords des stades et dans les stades
et vigi-pirate?
Tout ceci ne serait que du flan. En revanche, la facture est bien là et l’insécurité également. N’importe quel vrai terroriste peut faire passer n’importe quoi dans l’avion. La journaliste est allée jusqu’à remonter son 9mm dans les toilettes de l’avion du Marseille Paris!

2/Qui a des intérêts financiers dans ces sociétés de sécurité?
Le reportage montre bien l’intérêt de politiciens corrompus dans ces sociétés. Quid de Monsieur Ollier? Quid du Maire de l’arrondissement régissant le parc des princes? Quid de Mr Delanoë devant la complicité de la police locale?

Et comment ne pas réfléchir aussi à l’exposition de personnes non formées au danger du terrorisme et du banditisme? Des personnes issues de quartiers défavorisés, bien naïves mais aussi bien contentes de rentrer chez elles avec un si rare CDI.

A l’issu du reportage, on comprend donc que des politiciens sont capables de jouer avec la sécurité des français, avec conflits d’intérêts (et donc corruption) à la clé.
Et après il faudrait garder le moral? Difficile…

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5 réflexions sur “Doc TV: Quand Envoyé Spécial flingue les entreprises de Sécurité

  1. Voilà à quel stade on en est rendus !!!! Lorsqu’un état, quel que soit le sujet – c’est valable pour la sécurité, mais ça l’est aussi pour d’autres – veut à la fois :
    – faire des économies en supprimant un fonctionnaire (ou assimilé) sur deux lors des départs à la retraite ;
    – répondre à la doxa néolibérale qui réclame la privatisation à tous crins ;
    – continuer à afficher des promesses pour tenter d’endormir le bon peuple & donner l’illusion de l’action;
    il est fatal qu’à un moment ou un autre ca coince . C’est comme si on voulait conduire, pendant des milliers de kilomètres, une automobile sans avoir le permis, sans assurance, sans se relayer au volant et en ayant fait qu’un demi plein !!!! A un moment ou à autre il faudra bien s’arrêter, avec ou sans accident !!!! C’est ça la gestion moderne et néolibérale : tant que les pétroliers et les copains des sociétés d’autoroute, continuent à s’engraisser, pourquoi s’inquiéter de l’usager?

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    1. @Loubomyr
      Triste état des choses due à cette version imposée d’une Europe, technocratique et libérale.

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