Paris Saint-Lazare, terminus des oubliés…20 ans d'arrêt à Quai

Nouvelle avarie à PSL – Paris Saint Lazare pour les intimes – avec un joli 8 heures de perturbation voire d’interruption du trafic. En cause une panne électrique, qui paralysait les outils de contrôle de la circulation. La conséquence des milliers de voyageurs bloqués. Vendredi dernier, là encore, autre incident avec 10 000 voyageurs bloqués en raison d’un incendie.

Comme « il n’y a pas de fumée sans feu », « il n’y a pas d’incidents répétés sans problème de fond ». Un reportage intéressant « Paris Saint-Lazare, terminus des oubliés » diffusé sur France 5, écrit par Samuel Luret et Benoît Hopquin, réalisé par Benoît Grimont et produit par Morgane Production, permet d’analyser en profondeur les véritables origines de ces incidents à répétition, dont l’apothéose, rappelez-vous, avait pris la forme d’une fermeture totale de la gare pour raison de sécurité, le 13 janvier 2009.

Inutile d’attendre longtemps dans le documentaire pour comprendre le tournant politique et budgétaire, les deux allant souvent de paire, prise par la situation à PSL.
Il y a 20 ans les grandes axes de développement des réseaux de transports publics ont été décidés: métro 14, RER D, RER C, RER E (éole). En ce temps-là, à PSL tout allait bien, les 27 voies suffisaient largement au trafic passager ou fret, la gare elle-même était correctement dimensionnée. Ainsi tous les efforts ont été concentrés…ailleurs.

paris
Source L’internaute

Sauf qu’en 20 ans, il s’en est passé des choses… Malgré l’ajout de nouvelles lignes au départ ou à destination de PSL, malgré l’installation PSA à Poissy bureaux en plus de l’usine, le trafic a augmenté de 40%, transformant la gare en véritable goulot d’étranglement: 1 500 trains et 500 000 personnes par jour!
Comment alors faire passer plus de trains avec le même nombre de voies à quai depuis l’après-guerre?

En l’absence de nouveaux financements, la réponse fut le cadencement des trains, avec des trains à horaire fixe toute la journée pour des arrêts immuables… le tout avec le même nombre de « matériels roulants ».
Pour ne pas casser le rythme, l’astuce consiste à sacrifier certains trains, bien souvent les omnibus, pour permettre aux directs de rallier à temps leur destination. Ainsi les retards ne s’accumulent pas mais au contraire sont compensés…jusqu’au limite technique possible.
Car évidemment, si le nombre d’incidents qui surviennent est trop important, aucun miracle à attendre, le but étant juste d’éviter le fameux effet domino, nécessitant alors la fermeture de la gare.

Et le reportage de s’attarder sur ces pépites de vies.
Les nouvelles rames flambant neuves – cofinancées par le STIF et la région – construites par Alstom sont à la pointe du progrès… sauf qu’à la différence des anciennes, dans le cas de pannes mineures, les cheminots ne peuvent réparer eux-mêmes. Pourquoi? C’est Alstom qui vient réparer de part la complexité des systèmes mis en oeuvre…un peu comme votre voiture bardée d’électronique, devenue irréparable. Et ce n’est pas la formation expresse à ces nouvelles machines fournie par la SNCF aux cheminots, jeunes ou moins jeunes, qui y changera quelque chose. Alors qu’avant sur les anciennes locomotives, les cheminots avaient non seulement la formation adéquate mais en plus avaient moyen de réparer eux-mêmes, grâce à la simplicité (et donc la fiabilité) de leurs outils de travail.

Les fameux incidents, véritables sources des pires ennuis. Les services compétents s’efforcent de faire le distinguo entre les causes: sncf, machine défaillante, erreurs de passagers n’hésitant pas à actionner le signal d’alarme s’apercevant de leur mauvais choix de train, ou demande khebab / mac do à travers le système de sonorisation!
La procédure veut que pour chaque signal d’alarme, le conducteur doit descendre de sa locomotive et inspecter tout le train afin de connaître et de voir par ses propres yeux la cause de l’incident.
Comptez sur une ligne environ un minimum de 15 alarmes par jour… la plupart fausses.

Et de découvrir aussi les deux principales problématiques du métier de cheminot: les changements d’horaire, parfois chaque semaine, qui rendent la vie de famille si difficile et les violences (issues des banlieues parisiennes), un fléau bien moins fréquent il y a 20 ans. D’où un âge de retraite anticipé par rapport à des métiers de bureau, sans risque physique et bien moins contraignants.

Le défaut de financement, PSL est devenu le parent pauvre des gares d’île de france, fait reposer les efforts sur les épaules de salariés qu’ils soient aiguilleurs, mécanos, contrôleurs ou simple guichetiers.
Car la base du métier se résume à « quand on emmène les gens le matin au travail, on a le devoir de les ramener chez eux le soir »
Et justement le jour où la gare fut fermée, ce mardi 13 janvier 2009, ce jour-là fut un drame humain pour les clients – certains pleuraient de peur de ne pas pouvoir rentrer – comme pour les salariés SNCF voyant même, les fameux « cols blancs » pétés littéralement les plombs. Pour cause.

Plus facile de faire évoluer les logos…
évolution logo sncf
Source: La SNCF All my Blog

Malgré cela, rien n’a bougé, les gabegies étant toujours plus faciles à réaliser que les dépenses utiles.
Les clients vont devoir encore subir longtemps les quais sous-dimensionnés, le nombre trop restreint d’entrée et de sorties, provoquant même des gestes inconsidérés de certaines personnes pour ne pas louper leur train: escalader les wagons, passer entre ou se tenir sur les marches-pieds, les travaux de réhabilitation de PSL ne prenant fin qu’en décembre de l’année prochaine.

Outre les incidents, ce sont les retards à répétition qui posent finalement le plus de problème. Allez faire comprendre à votre patron que ces 3 semaines, votre retard est simplement dû à la…SNCF
De nombreux cas de licenciements en Haute-Normandie sont ainsi dus aux problèmes de transport sur Paris.
Pourquoi? Le taux de vieillissement des rails est le plus élevé de tous les réseaux IDF avec un effectif réduit à son strict minimum. Comme quoi la crise n’est pas l’unique cause du chômage.
Parfois évidemment, l’incompétence de certains salariés nuit à l’image de la SNCF mais aussi au moral des autres employés. Un chef de bord, suite à l’incompétence (d’une certaine catégorie) d’employés des Batignolles avouait même dans le reportage: « j’ai honte de travailler à la sncf »

Et nous, pauvres usagers, nous en aurions presque pitié pour eux car en voyant les équipements informatiques du centre d’aiguillage, inutile d’aller bien loin pour comprendre le schmilblick.
Oubliez les séries américaines d’experts en tous genres, avec leurs locaux design, bien aérés, lumineux, des écran plasma dans tous les coins…ici pour assurer la sécurité des trains et des passagers, la SNCF met à disposition des écrans LCD mis bout à bout sur des vieux bureaux récupérés. Un savant mariage de neufs et de vieux rendant l’endroit peu adapté et peu confortable pour gérer raisonnablement des situations de crise, comme peut en vivre un centre d’aiguillage qu’il soit ferré ou aérien.

On assiste aussi incrédules aux conséquences côté poste de sécurité d’un braquage de caisse à la gare, prouvant s’il en était besoin, que la sécurité des employés n’est pas non plus assurée mais qu’heureusement la solidarité entre collègues demeure.

Pas étonnant alors de voir dans ces conditions de travail, les grèves s’enchaîner, pour un oui ou pour non.
Le ras-le-bol est là, tenace et profond. Le moindre changement, bon ou mauvais, plus souvent mauvais, est perçu comme une agression sociale.
On apprend au détour d’une énième manifestation par les syndicats qu’en 44 ans – de 1938 à 1982 -l ‘Etat n’a fait aucune dotation au capital de la SNCF. Ceci expliquerait-il entre autre, le niveau de délabrement des gares notamment PSL avec des lumières qui ont pu éclairer Louis De Funès ou De Gaulle?
On apprend également ces audits de firmes suisses coutant des millions d’euros d’argent public alors que pour avoir la solution, il suffirait que les grands responsables soient en contact avec les salariés de base de la SNCF.
Et le directeur de la région Saint Lazare, connaissant aussi bien que les salariés syndiqués, les problèmes du quotidien demeure quasi-muet pour ensuite expliquer en aparté aux journalistes, qu’il est comme un ministre: il ferme sa gueule ou il démissionne.
Ainsi toutes les personnes en présence – du simple employé au chef de région – connaissent les causes, les conséquences mais aussi les solutions aux problèmes de fond, mais la hiérarchie semble avoir une toute autre vision. Et les ordres viennent d’encore plus haut: l’Etat, un Etat aveugle et sourd mais aussi radin et mal géré.

Tout comme internet, la SNCF est sans conteste le reflet de la société française. Des coupures budgétaires, de la violence, des tensions sociales font que les situations peuvent devenir explosives sur les quais, dans les gares comme dans les trains. Qui n’a pas simplement pester contre la maudite SNCF après avoir passer plusieurs quarts d’heure transportés en mode sardine dans des chaleurs insoutenables?
Qui n’a pas voulu en découdre après avoir suivi les annonces vocales démenties par les panneaux d’affichage et inversement?
Qui n’a jamais eu envie de littéralement gueuler après avoir loupé une correspondance, les portes prenant un malin plaisir à se fermer inéluctablement devant votre nez?

Les salariés SNCF, eux-mêmes, dépités vont jusqu’à révéler « on ne peut pas dire aux gens demain on va rouler mieux », normal puisque les budgets ne sont toujours pas signés, ni même annoncés. Aucune communication entre la hiérarchie et les salariés… alors normal que vis à vis du client, la communication passe mal aussi. Un comble pour une entreprise de service public. En revanche, les nouvelles exigences et les nouveaux projets ne manquent pas: 2025 arrivée du TGV à Paris Saint Lazare.

Ou comment transporter plus avec beaucoup moins. La SNCF et ses employés tentent vainement de se battre contre cette hérésie imposée du capitalisme d’Etat. Car tout n’est possible.

——————————————

Mettons-nous un instant à la place d’un cheminot ou d’un aiguilleur:
Que ferions nous si les moyens proposés pour remplir notre mission, n’étaient pas appropriés pour assurer une qualité de service honorable voire mettaient en danger la sécurité des biens et des personnes transportées?

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Une réflexion sur “Paris Saint-Lazare, terminus des oubliés…20 ans d'arrêt à Quai

  1. Comme disait un animateur de France Inter avec une pointe d’ironie : »Décidemment nous vivons une époque moderne » – Comme si être moderne était une fin en soi !!! => On voit bien ce que cela donne à St Lazare, mais il y a pleins d’autres exemples qui démontrent une seule chose : la recherche de la soi disant performance en économisant sur les lignes de budget qui permettrait de l’assurer, cela ne conduit qu’à une gouvernance de l’image qui ne se préoccuppe plus du service apporté au public ou au client : bref, tout le monde s’en fout en cherchant à assurer ses propres arrières !!!!

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    1. @Loubomer
      Tout est argent. Quand on ne met plus le minimum, il ne faut pas s’attendre à des miracles, un jour où l’autre, malgré les efforts, la situation explose. Parallèle possible: la plateforme de BP. A trop vouloir casser les coûts, les responsables de BP ont imposé des conditions de travail allant jusqu’à la catastrophe, explosion de la plateforme puis la fuite que l’on connait.

      @gballand
      L’information et la communicaiton sont les premières choses à améliorer. Bien souvent du bon sens permettrait cela. Rien de plus désagréable d’attendre pour rien un train qui n’arrivera jamais…mais qui reste affiché.

      @geneviève
      « il y a toujours plus de monde, voir le rythme des naissances en France,  » alors Geneviève c’est la chaleur qui vous rend moins rigoureuse? Je taquine certes mais j’avoue que votre déduction a été surprenante d’autant que les vraies raisons de l’augmentation était en partie décrite: modification ou augmentation des lignes, création de bureaux à Poissy.
      Pourquoi la déduction n’est pas vraiment valable? Car l’augmentation du trafic est loin d’être la même pour chaque grande gare parisienne. Et cette augmentation n’est malheureusement pas corrélée avec celle du budget alloué.
      Pour rappel, le rythme des naissances suffit tout juste à renouveler les générations, (cf taux de fécondité), seul succès dont la France peut s’enorgueillir face à l’Allemagne par exemple.

      Pour la ligne 13, ajouter des stations en plus, constitue une aberration pour une ligne déjà engorgée. Mais à la RATP, tout est possible, aussi!
      Au final, on en est arrivés au même point qu’au Japon, à pousser les gens pour que cela rentre. Du grand n’importe quoi.
      Là encore l’argent et le bon sens, sont le nerf de la guerre pour absorber les hausses de trafic passager.
      L’encouragement du télé-travail pourrait aussi être une excellente solution, solution très grenellienne!

      Quant à la modernité des rames Alstoms, c’est surtout qu’il aurait fallu une vraie formation digne de ce nom au cheminot.
      Mais la SNCF préfère mégoter. Et Alstom garder un oeil sur la maintenance, gage de rentrée d’argent… facile?
      Pour l’anecdote, de part la longueur de ces nouvelles locomotives avec le bloc clim intégré, les trains en circulation ont un wagon de moins.
      Et oui sinon certains voyageurs auraient la surprise de ne pas descendre sur le quai…mais directement sur les rails!
      C’est ballot.

      @Ervé
      Là c’est plus un problème de rigueur, c’est un problème de sérieux. Ah la chaleur, il en fait dérailler plus d’un ;-))

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  2. Intéressant votre article. Justement hier, je voulais prendre un train de Ermont Eaubonne pour St Lazare. Nous étions dans le train, billet acheté et il a fallu attendre le départ du train pour qu’on nous informe qu’il n’y avait pas de train. Même topo pour la gare du Nord, d’ailleurs, aucun train n’y partait.
    Pour résumer : aucune information !
    Il a fallu se replier en catastrophe sur la voiture pour attraper un TGV à Montparnasse. Et on nous dit de prendre les transports en commun… ??? Je plains les banlieusards, de quoi se suicider sur les rails !

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  3. Très intéressant votre article sur la gare St-Lazare, mais je crois qu’il s’applique aussi à Montparnasse, des gares qui desservent des lieux très fréquentés. Mais si le matériel n’a pas suivi, il faut mettre en évidence et vous le faites, les interventions de certains que celà amuse de perturber la marche normale du train, seulement pas uniquement, parce que d’année en année, il y a toujours plus de monde, voir le rythme des naissances en France, alors que la SNCF même si elle nous offre un logo relouqué, continue avec un nombre de trains qui ne suit pas le nombre de voyageurs, et un matériel qui garde son mystère car personne ne sait réparer. c’est ainsi que je comprends les choses.

    Pour la ligne 13 du métro surchargée et à certaines heures où les sardines se transforment en anchois, on a rajouté des rames ce qui fait qu’il y a un surcroît de trafic et que l’on stationne pour prendre son tour, après avoir laissé passer deux ou trois rames. Donc c’est une ligne très employée puisqu’elle conduit au centre de Paris, où l’on met plus de temps pour rentrer chez soi, victime du trafic, lequel n’amène pas grand chose, car cette ligne continue à être de plus en plus envahie. Alors une solution ! oui le métro ne sera bientôt plus suffisant sans risquer des accidents de gens bousculés et poussés sur les rails !

    Le modernisme c’est très bien, mais nous en devenons tous esclaves, car on ne peut plus rien réparer, il faut jeter et racheter…. se démener et à la limite se battre pour passer avant les autres dans les transports, bref une vie de rêve !…

    Bon dimanche
    amicalement
    genevieve

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  4. Ervé Do

    Geneviève vient de rater votre locomotive, mais elle grimpera au prochain arrêt pour peu que la direction soit orientée vers la côte ouest !… bon si vous avez décidé de stationner parce qu’elle a tiré le signal d’alarme, c’était juste pour vous souhaiter un bon dimanche avec toute son amitié.

    genevieve de passage sur votre rame !

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  5. @ CPol’ :

    Je trouvais que tout avais été dit dans ton analyse et dans les commentaires des Amis Blogueurs et donc usé de mon droit à « T’choutchouter » ! ;-)

    Bonne journée à toutes et tous !

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  6. Oui, j’ai tout enregistré malgré la chaleur, d’accord pour l’analyse de tout ce qui est technique, mais il est tout de même certain qu’il y a de plus en plus de monde dans les trains et dans les métros et que l’on meurt moins vite que l’on nait, les machines n’ont peut être pas été prévues pour véhiculer autant de monde, le matériel se fatigue…..

    Pour la ligne 13, ils ont rajouté des métros complets, ce qui fait que l’on stationne parce que c’est vite engorgé, en période normale, ils se succèdent avec à peine 1 minute d’écart, donc il y a embouteillage et il faut des fois attendre le passage dans l’autre sens de 2 ou 3 métros, Chatillon est en fin de ligne.

    J’accepte mon déraillement dû à la chaleur mais surtout au match de foot qui fait que je ne sais plus où me réfugier pour ne plus en entendre parler !…Je ne m’étais pas rendue compte que la France était un pays de sportifs sur canapé….

    Bonne soirée à vous
    genevieve

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