Quand La Patrie des Droits de l'Homme sacrifie ses soldats et les populations civiles

Branle-bas de combat…ou plutôt de révélations. Le secret défense sur les essais nucléaires réalisés par la France en Algérie dans les années 60 vient d’être rompu par le Parisien et non levé comme il aurait été utile. Au menu, des découvertes abjectes – il fallait s’y attendre – l’utilisation de 100 appelés du contingent pour faire office de cobayes, notamment dans le dernier tir atmosphérique du Sahara Algérien, lors de l’opération Gerboise verte.
Ceux-ci devaient se tenir à plusieurs kilomètres de l’explosion pour voir le champignon puis étaient censés circuler sur différentes zones à proximité de l’essai nucléaire pour contrôler des débris. Évidemment tout cela sans aucune tenue de protection: à 800m du tir les soldats pouvaient toujours combattre. Rassurant!
Dans le même style, durant la première guerre du Golfe, les marines américains inspectant des carcasses de blindés calcinés après des tirs d’arme à l’uranium appauvri.
Autant on connaissait le sacrifice humain des populations civiles algériennes réalisé par l’Etat français encore colonial, autant ce détail de l’Histoire de l’Armée Française manipulant ses propres troupes était officiellement resté dans l’oubli, car pour les spécialistes du sujet la révélation remonterait en fait à… 2007.

Et bis repetita
Étrangement, il reste néanmoins dans la même veine immonde des oubliés de Tahiti, (les atolls de Fangatofa et de Mururoa) où les civils polynésiens comme la plupart des militaires ont été exposés à des radiations. En repos, les militaires se voyaient inviter par leur hiérarchie à se baigner gentiment dans les lagons. Les civils eux pouvaient librement manger les poissons. Rien, ni personne ne s’assurait de leur sécurité.
15 ans après Hiroshima et Nagasaki, la France, patrie des Droits de l’Homme, s’évertuait (et s’évertue encore) à transformer des vies humaines en simple échantillon pour ses besoins militaires stratégiques.
En tant de guerre, sacrifier quelques hommes au combat pour gagner des territoires et sauver d’autres vies, pourquoi pas. Mais en tant de paix, sur l’autel de la force de dissuasion nucléaire, un tel sacrifice le plus souvent à long terme et sur plusieurs générations, sur des populations civiles ou militaires, révèle plus de la folie pure et pourrait aisément être qualifié de crime contre l’Humanité.

gaullisme bombe nucléaire

Mais comme à chaque fois qu’une énormité est commise, le plus souvent découverte des dizaines d’années après, notamment dans les domaines de la santé publique ou des décisions militaires, on invoque « la France ». Cruelle erreur. Car derrière de telles décisions, il y a un ou plusieurs haut-fonctionnaires, militaires ou civils, professionnels de la guerre, politiciens ou experts scientifiques qui se cachent. Invoquer cette « France » dans le cadre des essais nucléaires, c’est encore nier les responsabilités de personnes haut placées, et invoquer du même coup la fatalité, un mélange subtil de « on avait pas le choix » et de « le pays passe avant tout » Tellement facile.

Cette Raison d’Etat insolente et aisée était la base même de la politique du gaullisme. Le Gaullisme prônait une France éclairant le monde, par tous les moyens. Sur le papier, cela laissait rêveur, qui pourrait être ainsi contre un rayonnement culturel, scientifique, économique, militaire et diplomatique de son propre pays. Une grande nation en somme avec la fierté d’en être membre, nation au destin qui se finira peut être (vu le National Sarkozisme) comme celui du Concorde ou du paquebot France.
Sauf que dans les faits, et on le voit encore avec ses dossiers fuités, cette suprématie s’est faite en sacrifiant l’environnement, les peuples, leurs libertés et leur santé. Ou le début d’une certaine forme de dictature.
Qui peut se permettre en son âme et conscience de sacrifier une population entière et sa descendance?
Et même si nous considérons les conditions de l’époque, la guerre froide, la réponse reste la même: Ni De Gaulle, ni personne. Et pourtant le géant aux grandes oreilles a pris ses aises et demeure bien loin de la vision angélique que des petits jeunes de quartiers (trop) favorisés inscrits aux jeunesses Sarkoziennes doivent gober matin, midi et soir, eux qui en plus ont droit à un fac similé raté.
De part ces abus de pouvoir, le Gaullisme que certains revendiquent pourtant pleinement 40 ans après, alors qu’ils font tout et n’importe quoi comme vendre un porte-hélicoptère à la Russie et intégrer le haut commandement de l’OTAN (sic!), ne peut être le modèle à suivre à la lettre.
En plus d’une culture générale de base, il suffit pourtant d’une certaine dose d’éthique et d’esprit critique pour s’en convaincre. Des qualités absentes chez bon nombre de militants politiques, de tout bord.

Les conséquences de la Raison d’Etat
Avec cette technique des intérêts nationaux, non seulement les criminels décisionnaires n’ont jamais été punis mais en plus leurs successeurs sont même parvenus à faire mieux que leurs prédécesseurs!
Rappelons-nous ainsi, dans d’autres domaines, du sang contaminé, de l’amiante, du Rainbow Warrior, Elf Aquitaine: officiellement le secret né de la Raison d’Etat permettait de défendre la France et ses intérêts. Mais en pratique, la réalité résidait uniquement dans la défense d’intérêts purement privés, avec l’influence de lobbies divers et variés.
Dans le cas du nucléaire civil, rappelons ainsi deux exemples concrets et malheureusement d’actualité: le scandale des stérils radioactifs « offerts » par la COGEMA aux différentes municipalités pour leurs travaux de voirie et actuellement au centre de La Hague, les rejets en mer et dans les air de substances radioactives et donc dangereuses…le tout dans l’indifférence générale!
Les polémiques s’enflamment dans les médias le temps d’une soirée, après la diffusion du reportage (sur France 3 pour l’un et Arté pour l’autre), mais le travail des lobbies (Areva, Alstom, EDF…) et cette ignoble Raison d’Etat suffisent à prendre le pas pour que le feu soit étouffé.
Quant à la santé des français comme de leurs voisins européens…du moment que la France assure son « indépendance énergétique », totalement relative d’ailleurs dans la mesure où 2009 fut la première année d’importation massive d’électricité pour notre pays et que le minerai d’uranium reste lui aussi une matière importée!
Ainsi, paradoxalement, même les Verts dans la future campagne des régionales restent muets sur ces deux scandales, pourtant dans leur giron réservé.

Et de nous dire, pour conclure sur ce vaste sujet stratégique, que jamais, la Raison d’Etat ne doit l’emporter sur la Raison… tout court. Un principe de base que les plus fanatiques de la droite actuel semble n’avoir jamais compris, et que la gauche en 81 accédant au pouvoir a cru bon de copier… pour notre plus grand malheur. Car au final, dans ce cas précis du nucléaire, le fardeau moral à l’égard des populations civiles comme militaires, françaises ou étrangères, demeurera éternel. Le prix de la paix sur le territoire français?

Plus d’infos sur Bakchich TV: le mensonge atomique de la France

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