Hommage à Philippe Seguin: La Deuxième Mort du Gaullisme

Toujours étonnant de constater qu’à partir du moment où quelqu’un meurt, d’autant plus s’il est illustre, il n’a que des amis. Chacun y va de sa petite phrase plus originale, plus émouvante, plus poignante que celle du voisin. Certains osent les sanglots, d’autres se content de marquer un temps entre chaque hommage.

Alors forcément, le défilé de faux-culs qui s’est émoustillé de la mort brutale de « leur ami » a certainement fait gausser d’un rire rauque le truculent Philippe Seguin, de là haut.
Contrairement aux amis de 30 ans tous épleurés, l’auteur de ses lignes n’a pas connu personnellement le défunt. Personne n’est parfait. Non, il faudra se contenter d’une modeste analyse basée sur le parcours politique de celui défini comme « célèbre pour son caractère colérique ».
En même temps quand on travaille avec des stagiaires comme Copé et Morano, tout justifie la colère!

Il ressort ainsi des différents informations sorties dans la presse, sur internet, la radio ou la télévision que l’homme était, outre son caractère de cochon, un homme de principe, de valeurs, ni de gauche et, paradoxalement pour nous profanes, ni de droite mais plus justement d’un gaullisme social.
Un politicien tellement arcbouté sur sa ligne de conduite, qu’il sacrifia sa carrière à son engagement politique, n’hésitant pas à se mettre à dos, celles et ceux qui maintenant le pleurent!
En 1998, Philippe Seguin co-écrit avec Roselyne Bachelot – sûr qu’elle ne pouvait pas l’écrire elle-même – un texte de défense du PACS, seul texte d’une élue de droite à l’époque.
En 1995, malgré son soutien électoral sans faille, Chirac lui préfère une fois élu, un inconnu premier ministre, un certain Jean-Pierre Raffarin. Nul doute que les désillusions sont grandes d’autant qu’il est aussi écarté du poste de Garde des Sceaux. La raison de cette ingratitude voire cette trahison juste ci-après.
En 1992, le bourru s’engage de toute sa personne contre Maastricht et n’hésite pas à défendre sa vision des choses contre vents et marées, contre Chirac et Mitterrand.

C’est d’ailleurs ce dernier point qui mérite que l’on s’y attarde. Alors que l’ancien et le futur président de la République de l’époque sont sur la même longueur d’ondes, malgré leurs divergences personnelles célèbres, le « OUI à Maastricht », Philippe Séguin tel un kamikaze plus téméraire que courageux se lance dans la bataille du « NON ».
A la lumière des années passées, de l’intégration à l’Europe, des crises politiques, des gabegies monumentales, de la hausse des prix liée au passage à l’Euro, d’un lobbying industriel tout puissant, de l’absence de crédibilité sur la scène internationale pour imposer ses vues en matière de paix ou d’écologie, du taux de chômage galopant argument premier des « ouiouistes », voici quelques morceaux choisis évocateurs de la lucidité du personnage, seul contre tous, à l’image du rare expert économiste à avoir prévu la crise mondiale actuelle dans la plus totale indifférence. L’internaute volontaire notera aussi des explications aux crises actuelles économiques comme technologiques ou culturelles avec les causes… d’HADOPI déjà citées en 1992!

MAJ 16/01/2010: Vidéo du discours du 5 mai 1992 à l’Assemblée nationale

Extrait du Discours prononcé par M. Philippe Séguin, le 5 mai 1992 à l’Assemblée nationale

(En application de l’article 91, alinéa 4, du règlement, M. Philippe Séguin soulève une exception d’irrecevabilité.)

« il existe en effet, au-dessus même de la charte constitutionnelle, des droits naturels, inaliénables et sacrés, à savoir pour nous les droits de l’homme et du citoyen tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789. Et quand l’article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 rappelle que «La souveraineté nationale appartient au peuple», il ne fait que reconnaître le pacte originel qui est, depuis plus de deux cents ans, le fondement de notre Etat de droit. Nulle assemblée ne saurait donc accepter de violer délibérément ce pacte fondamental.

La question de la séparation des pouvoirs se pose dans les mêmes termes. Aucune assemblée n’a compétence pour se dessaisir de son pouvoir législatif par une loi d’habilitation générale, dépourvue de toute condition précise quant à sa durée et à sa finalité. A fortiori, aucune assemblée ne peut déléguer un pouvoir qu’elle n’exerce qu’au nom du peuple. Or, le projet de loi qui nous est soumis comporte bien une habilitation d’une généralité telle qu’elle peut être assimilée à un blanc-seing.

Et nous voilà confrontés à une situation tout à fait extraordinaire dans notre histoire constitutionnelle puisque, pour la première fois, on demande au Parlement de constitutionnaliser par avance des textes qui n’existent pas encore et qui, pour la plupart, ne seront même pas soumis à ratification dès lors qu’il s’agira de normes communautaires directement applicables. On demande donc au Parlement, qui n’en a pas le droit, rien de moins que d’abandonner sa compétence législative aux organes communautaires chaque fois que ceux-ci le jugeront nécessaire pour l’application du traité. « 
[…]

Plutôt que de procéder à un toilettage minutieux de nombreuses dispositions constitutionnelles, vous avez préféré pratiquer une sorte de «lessivage à grande eau». A ce qui aurait pu passer pour une naïveté coupable, vous avez ainsi préféré le risque de l’astuce. Il est vrai que sinon vous auriez été contraints de modifier neuf articles au moins du texte constitutionnel, dont certains sont particulièrement sensibles et symboliques. Vous auriez été contraints, de surcroît et en toute logique, de déconstitutionnaliser la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Vous avez reculé, et l’on vous comprend, au point d’ailleurs d’esquiver vos responsabilités dans la dénomination même du projet qui nous est soumis. Il ne s’agit même pas, si je m’en tiens à son libellé, d’un projet de loi de révision, mais d’un projet de loi constitutionnelle ajoutant à la Constitution un titre supplémentaire,
[…]
Je le proclame donc d’emblée : dès lors que l’entrée de la France dans l’Europe de Maastricht constitue bien l’acte historique qu’a évoqué le Président de la République, il serait normal, nécessaire, légitime, indispensable que la parole soit donnée au peuple. Non point que je conteste la légitimité de cette assemblée. Je ne me suis pas associé au chœur de ceux qui, il y a quelques semaines, ne trouvaient pas de mots assez durs pour l’abaisser, pour réclamer sa dissolution, voire proposer son autodissolution.
[…]
Je constate d’ailleurs la contradiction dans laquelle s’enferment aujourd’hui nombre d’entre eux en se refusant à l’idée d’un référendum.
Ce que je veux seulement dire c’est que le recours à la voie parlementaire est contraire à l’esprit de notre pacte social car ce que le peuple fait, seul le peuple peut le défaire.

[…]
« Car voilà maintenant trente-cinq ans que le traité de Rome a été signé et que d’Acte unique en règlements, de règlement en directives, de directives en jurisprudence, la construction européenne se fait sans les peuples, qu’elle se fait en catimini, dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de Justice »
[…]
« Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise lei conséquences. Que l’on m’entende bien: je ne viens ici donner de leçon à personne ; mais que l’on veuille bien, en retour, respecter ma propre démarche! Je me serais d’ailleurs bien passé d’être là. Il eût mieux valu, à l’évidence, que des voix plus fortes que la mienne engagent le combat.

Elles ne l’ont pas souhaité, je me garderai de les juger. Je me contente de faire et d’assumer un autre choix. Ce n’est pas si facile. « 
Référence à Jacques Chirac, le lâche mentionné probablement ici
[…]
« A la décharge des absents, je reconnais bien volontiers que le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terrorisme intellectuel qui règne aujourd’hui, disqualifie par avance quiconque n’adhère pas à la nouvelle croyance, et l’expose littéralement à l’invective. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d’opinion (…) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste forcené tout prêt à renvoyer l’Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur. « 
Toutes celles et ceux qui sont contre l’Europe, un OUi à n’importe quel traité, on l’a bien vu avec Maastricht et Lisbonne, sont de sombres conservateurs, des opposants aux modernismes.
[…]
« que l’on ne s’y trompe pas la logique du processus de l’engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d’un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique. L’Europe qu’on nous propose n’est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution: 1992 est littéralement l’anti 1789. Beau cadeau d’anniversaire que lui font, pour ses 200 ans, les pharisiens de cette République qu’ils encensent dans leurs discours et risquent de ruiner par leurs actes! « 
[…]
« Je sais bien que l’on veut à tout prix minimiser les enjeux et nous faire croire que nous ne cédons rien d’essentiel en ce qui concerne notre indépendance! Il est de bon ton, aujourd’hui, de disserter à l’infini sur la signification même du concept de souveraineté, de le décomposer en menus morceaux, d’affirmer qu’il admet de multiples exceptions, que la souveraineté monétaire, ce n’est pas du tout la même chose que l’identité collective, laquelle ne courrait aucun risque. Ou encore que l’impôt, la défense, les affaires étrangères, au fond, ne jouent qu’un rôle relatif dans l’exercice de la souveraineté.

Toutes ces arguties n’ont en réalité qu’un but: vider de sa signification ce mot gênant pour qu’il n’en soit plus question dans le débat. « 
[…]
« La souveraineté, cela ne se divise pas ni ne se partage et, bien sûr, cela ne se limite pas. « 
[…]
« En fait, ce traité est un «anti-compromis» de Luxembourg en tant qu’il interdit, non seulement aux parlements nationaux mail aussi aux gouvernements, de faire prévaloir l’intérêt national quand il est en cause puisque chacun s’engage à éviter autant que possible d’empêcher qu’il y ait unanimité lorsqu’une majorité qualifiée est favorable à la décision.

Cela est vrai pour la politique monétaire et pour la politique sociale. Mais cela le sera aussi pour la politique étrangère et la politique de défense. D’ailleurs, vous nous l’avez rappelé, monsieur le ministre, les pays membres prennent eux-mêmes l’engagement de ne défendre que des positions communes au sein des organisations internationales, et cet engagement vaut aussi pour la France et le Royaume-Uni en leur qualité de membres permanents du Conseil de sécurité de l’O.N.U.: cette situation, contraire aux dispositions de la charte, plusieurs de nos partenaires l’interprètent déjà, nous le savons, comme une transition vers le transfert de ces deux sièges à la Communauté. « 
[…]
« Il est temps de nous demander comment nous en sommes arrivés à considérer cette question, incongrue il y a quelques mois encore, comme presque banale, comment nous en sommes arrivés à considérer la rupture de notre pacte social sinon comme normale, du moins comme nécessaire. « 
[…]
« Mettons à part le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier, qui, au lendemain de la guerre, était tout imprégné d’une idéologie dirigiste et planificatrice, et qui s’est d’ailleurs soldé par un échec total, si l’on en juge par ce qui reste aujourd’hui de la sidérurgie européenne! »
Ernest Antoine-Seillère peut en témoigner. Mr Mittal et sa famille aussi.
[…]
« Faut-il rappeler, en effet, que le Traité de Rome ne mentionne que deux politiques communes dont l’une, celle des transports, n’a jamais vu le jour, tandis que l’autre, la politique agricole commune, ne fonctionnait que par consensus depuis que le compromis de Luxembourg avait mis fin – provisoirement – à toute tentation supranationale? Instaurer un marché commun, puis un marché unique, voilà tout ce à quoi la France s’était engagée, et il n’y aurait rien eu à redire concernant ces engagements-là, si ne s’était développé peu à peu, à force de règlements, de décisions et de directives, tout un droit communautaire dérivé, sans aucun rapport avec les objectifs fixés par les traités. « 
Une PAC qui permettra à Chirac d’asseoir son emprise sur le monde agricole pour remporter 2 mandats présidentiels.
[…]
« En tout cas, rien n’impose aujourd’hui à la France la politique monétaire qu’elle s’est choisie, qui joue au détriment des salariés, qui disqualifie les investissements à long terme et qui a des effets tellement désastreux sur l’activité qu’ils finiront de toutes les façons par faire fuir les capitaux étrangers. »
[…]
« Dans le domaine monétaire comme dans les autres, il faut se plier aux réalités. Il faut donc savoir ajuster les parités quand c’est nécessaire, non pour faire de la dévaluation compétitive, mais pour éviter la déflation. »
[…]
« Quant à ceux qui voudraient croire qu’une politique budgétaire autonome demeurerait possible, je les renvoie au texte du traité, qui prévoit le respect de normes budgétaires tellement contraignantes qu’elles imposeront à un gouvernement confronté à une récession d’augmenter les taux d’imposition pour compenser la baisse des recettes fiscales et maintenir à tout prix le déficit budgétaire à moins de 3% du PIB. « 
[…]
« Enfin, et je souhaite insister sur ce point, la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l’harmonisation que pour la fameuse «convergence» des économies. « 
Pour la protection sociale en baisse, elle est déjà plus qu’entamée!
[…]
« Que la crise de notre Etat providence appelle de profondes réformes, je serai le dernier à le contester. Que cette modernisation, faute de courage politique, soit imposée par les institutions communautaires, voilà qui me semble à la fois inquiétant et riche de désillusions pour notre pays. Il suffit d’ailleurs de penser à cette «Europe sociale» qu’on nous promet et dont le Président de la République, lui-même, inquiet, semble-t-il, des conséquences de la monnaie unique, cherchait à nous convaincre, à l’aurore de ce 1er mai 1992, qu’elle aurait un contenu, qu’elle nous assurerait un monde meilleur,

Hélas, quand on lit les accords de Maastricht, on ne voit pas très bien où est le progrès social! On voit bien, en revanche, qu’on ouvre la porte à l’harmonisation, c’est-à-dire à un processus où, comme en matière fiscale, on cherchera au mieux à se mettre d’accord sur une moyenne plutôt que sur un optimum et où, chaque fois que nous voudrons faire une innovation dans notre législation sociale, il faudra aller demander la permission de nos partenaires. « 
[…]
« Dès lors que, dans un territoire donné, il n’existe qu’une seule monnaie, les écarts quelque peu significatifs de niveau de vie entre les régions qui le composent deviennent vite insupportables. L’expérience des Etats fédéraux, mais aussi celle de la réunification allemande devraient dissiper tous les doutes à ce sujet.

Or, si l’on veut, comme l’affirme le traité, imposer une monnaie unique à tous les pays membres, un effort colossal devra être consenti pour réduire les écarts actuels, qui sont immenses, un effort colossal sans commune mesure avec ce que nous réclame présentement Jacques Delors pour doter ses fonds de cohésion. « 

[…]
« Et puisqu’il s’agira de redistribuer, ce sera bien entendu aux pays les plus avancés d’en supporter la charge. C’est dire combien la France devra payer, elle dont la contribution nette à la Communauté s’élève déjà, d’après la commission des finances du Sénat, à 25 milliards de francs pour 1991. « 
Un gouffre à pognon !
[…]
« Et, dans tous les cas, la monnaie unique, c’est une nouvelle division entre les nantis que nous sommes et les autres, c’est-à-dire les pays de l’Europe centrale et orientale. « 
[…]
Le président Mitterrand croit laisser sa marque dans l’histoire de ce pays comme le héraut de la cause européenne. Oserai-je dire qu’à mon avis, il s’agit d’un contresens? Car, si cette empreinte historique existe, elle est à chercher plutôt dans son discours au Bundestag, qui a infléchi de manière décisive la position allemande devant la crise des euromissiles dans le sens de la fermeté! Par là même était ouverte la voie aux événements de la fin des années quatre-vingts, qui ne le virent malheureusement pas faire preuve de la même lucidité.
Une allusion discrète et intelligente sur la retissance de Mitterrand à voir les deux Allemagnes se réunifier
[…]
« Oui, nous sommes en guerre économique! Oui, l’effondrement de l’Union soviétique ne signifie pas la paix mais la montée de nouveaux risques qui ont pour nom prolifération des armements nucléaires et classiques, multiplication des zones grises échappant à tout contrôle étatique, dangers technologiques, menaces majeures pour l’environnement, extension des trafics de stupéfiants!

La conjuration de ces nouveaux périls demande évidemment un renforcement de la coopération interétatique. Elle ne demande nullement la disparition des Etats-nations dont la légitimité est plus que jamais requise pour intervenir efficacement contre ces fléaux.
Alors, qu’on veuille bien cesser de considérer les réfractaires et les adversaires du traité comme autant de fauteurs de guerre et d’irresponsables! »

[…]
« Car, en vérité, les contraintes qu’impose par exemple la monnaie unique aux économies des Etats membres excluent de toute évidence, et pour des décennies, tout rapprochement avec le monde de l’Est « 
Ah la Hongrie, la Turquie, le chemin a été ou sera long, très long…
[…]
Oui! C’est d’abord la morale qui devrait nous conduire à ne pas rejeter les pays d’Europe centrale et orientale.
Nicolas tu as compris le message, toi l’Ami avec un grand « A »?
[…]
« Et aujourd’hui que, sans nous, presque malgré nous, ils accèdent à la liberté, nous laisserions, pour reprendre la belle expression de Jacques Chirac, un mur de l’argent se substituer au rideau de fer? Sommes-nous à ce point oublieux que nous puissions tolérer une telle perspective? Et si la morale ne suffit pas à nous réveiller, ne voyons-nous pas où est notre intérêt? »
Histoire de montrer que Chirac est avec lui… sans l’être officiellement
[…]
« Il serait vain et dangereux de continuer de répéter que la France se porte bien. Si l’on ne répond pas au désarroi des Français, ils continueront à se laisser aller vers les extrémismes et vers les intégrismes qui minent déjà le sentiment national. »
Un texte incroyable de modernité, n’est ce pas Nicolas Sarkozy de 2010?
[…]
« On ne pourrait rien contre la conjoncture internationale, rien contre la concurrence du Sud-Est asiatique, rien contre les feuilletons américains, rien contre le drame des banlieues, rien contre le progrès technique, prétendument seul à l’origine du chômage. Bref, tout cela serait inscrit dans la nature des choses.

La référence constante à l’exemple des taux d’intérêt pour justifier de tels comportements vaut qu’on s’y arrête à nouveau, car elle n’a pas seulement des conséquences économiques ou sociales, elle contribue à la démoralisation de la nation. Il y a quelque chose de pourri dans un pays où le rentier est plus célébré que l’entrepreneur, où la détention du patrimoine est mieux récompensée que le service rendu à la collectivité. »
[…]
« Ce n’est même plus de l’«économisme», c’est de l’«économétrie»! Et n’est-il pas paradoxal de voir l’Etat, plus myope encore que les marchés, se déterminer au rythme de la publication de quelques indices financiers?

Oui, la libéralisation et l’internationalisation des activités économiques sont à la fois souhaitables et inéluctables! Oui, elles entraînent une redéfinition du rôle économique de l’Etat! Non, il n’en résulte pas que l’Etat n’ait désormais d’autre logique de fonctionnement que celle d’une entreprise au reste plus mal gérée qu’une véritable entreprise. Et oui, l’Etat conserve une fonction d’arbitrage dans le partage de la valeur ajoutée, une fonction de régulation et d’anticipation, dont l’efficacité détermine la compétitivité des économies comme le montrent à l’envi le Japon, l’Allemagne ou les pays d’Asie du Sud-Est »
[…]
Mais cette Europe alibi est pleine de dangers car il est vain d’espérer que nos problèmes seront résolus par ce qui n’est au fond qu’une fuite en avant. Il est illusoire de chercher ailleurs qu’en nous-mêmes les réponses à nos difficultés. Il est faux de penser qu’en mettant en commun nos problèmes nous allons miraculeusement les résoudre mieux, nous tous, Européens de l’Ouest qui, pris séparément, n’avons eu jusqu’à présent pour leur faire face ni la volonté ni l’imagination nécessaires.
[…]
Comment peut-on croire que l’intégration apportera une meilleure sécurité à un moindre coût alors que la défense, c’est d’abord la volonté de se défendre! Qu’elle permettra d’augmenter les salaires tout en produisant moins, que la libre circulation des chômeurs autorisera la réduction de leur nombre, que les finances publiques seront mieux gérées à onze ou douze que dans le cadre national? Il s’agit là de paris insensés!
[…]
En réalité, si l’on veut rendre sa dignité à notre Parlement, il faut, dans un contexte radicalement différent de celui de Maastricht et de ce que vous proposez avec la monnaie unique que nous inscrivions dans Constitution que la loi nationale prime dans l’ordre juridique interne tout texte communautaire dès lors qu’elle est postérieure à celui-ci.

Ce principe .juridique fondamental, dit de la loi écran, que reconnaissaient la Cour de cassation jusqu’en 1976 et le Conseil d’Etat jusqu’en 1989 doit entrer dans l’ordre constitutionnel pour qu’il soit possible à la majorité parlementaire de suspendre l’application d’une norme communautaire par le vote d’une loi contraire, qui s’impose à nouveau aux juges.
Proposition concrète sachant le combat perdu d’avance
[…]
En adoptant la monnaie commune au lieu de la monnaie unique, on choisirait, je crois, l’efficacité contre l’idéologie.

Tout le reste est l’affaire de la coopération entre Etats. On observera d’ailleurs que ce qui fonctionne le mieux aujourd’hui en Europe se situe souvent en dehors de l’orbite communautaire, qu’il s’agisse d’Ariane espace, du GIE Airbus ou du CERN.
Donc, la stratégie est claire: il ne faut pas forcément des politiques communes, avec leurs programmes lourds, leur opacité, leurs procédures inextricables, leur arbitraire, leurs gaspillages, mais plutôt un cadre souple permettant des regroupements en fonction des moyens et des intérêts réels de chacun, des priorités et des circonstances.

Des détracteurs?
[…]
Enfin, un vaste plan de protection de l’environnement et du patrimoine est à mettre en œuvre dans cette Europe centrale et orientale qui est au bord du désastre écologique. Sans doute, une haute autorité de l’environnement aux compétences bien définies, pouvant statuer dans certains cas à la majorité, est-elle nécessaire pour préserver ou restaurer un patrimoine que l’Europe tout entière considère comme un bien commun.
Précurseur par rapport à l’échec cuisant de Copenhague!
[…]
Derrière la question de savoir quelle Europe nous voulons, se pose donc fatalement la question cruciale de savoir quelle France nous voulons.

Bien sûr, la France est solidaire du reste de l’Europe, bien sûr, sa participation à la construction européenne est un grand dessein.

Bien sûr, elle se doit en particulier de rassembler l’Europe méditerranéenne. Bien sûr, elle se doit de retrouver ses responsabilités vis-à-vis de l’Europe danubienne.
Nicolas 1er n’aurait donc rien inventé question Union Pour la Méditerranée
[…]
Tant pis pour les intellectuels de salon qui montrent dédaigneusement du doigt ceux «qui ont cette conviction obsessionnelle que la nation française est porteuse d’un message universel de valeur supérieure et d’une mission civilisatrice». Oui, la France a une vocation messianique, elle doit « assumer et même y entraîner l’Europe, en particulier dans la coopération Nord-Sud pour prévenir les grands exodes que nous préparent la misère africaine.
[…]
Sachons, par exemple, prendre la vraie dimension de la crise. Elle n’est pas seulement économique et sociale. Elle est aussi et probablement surtout culturelle. Elle tient à l’incapacité de nos sociétés à s’adapter aux conséquences de la révolution technologique et de l’évolution des mentalités.
Les causes d’Hadopi avant l’heure… en 1992
[…]
Ainsi la lutte contre le chômage passe-t-elle par une meilleure égalité des chances. La reproduction sociale quasiment à l’identique n’est plus seulement intolérable en termes moraux, elle est un handicap insupportable en termes d’efficacité!

La mutation de notre système éducatif est elle-même une clef essentielle, car le problème culturel, le problème des mentalités, le problème de l’adéquation de la modernité à son rythme trouveront leur solution d’abord dans les repères intellectuels et les modes de pensée que nous saurons donner à nos enfants.

La grandeur éducative des débuts de la IIIe République avait su donner à l’immense majorité des Français les moyens d’affronter le grand basculement de la modernité urbaine, industrielle et scientifique de la fin du XIXe siècle. Un siècle après, voilà la République à nouveau confrontée aux mêmes grands défis. Il n’y a plus aujourd’hui aucun grand projet politique qui ne commence par là.
[…]
Il est temps de comprendre aussi que la compétitivité d’une nation doit s’apprécier globalement et que la traditionnelle distinction entre l’économique, le social et le culturel est désormais caduque. Mais rien ne se fera sans rétablir l’équilibre entre une nécessaire décentralisation et le rôle absolument irremplaçable de l’Etat. Il faut en finir avec le développement inégal, rendre leur sens aux principes d’unité, de continuité, d’indivisibilité de la République et les inscrire dans la géographie.
[…]
Rien ne sera non plus possible pour la France sans reconstruire le creuset français pour assurer l’intégration des communautés accueillies. Sachons en particulier donner à ce qui est devenu la deuxième religion de France la possibilité d’être pratiquée hors des influences politiques étrangères et dans le cadre des lois de la République laïque. L’Islam est un des grands problèmes européens. Pourquoi la France ne montrerait-elle pas les voies de sa solution?
Déjà Philippe Seguin avait synthétisé le débat sur l’identité nationale et ce qu’il implique réellement
[…]
Une fois ouverte la discussion sur le texte qui nous est soumis, le piège sera refermé. Nous serons prisonniers d’une logique dont nous ne pourrons plus nous dégager.

Le traité, nous le savons tous, n’est pas amendable. Le Président de la République a été particulièrement clair à ce sujet le 1er mai: nulle réserve portant sur le cœur même du traité ne pourrait être opposable aux cocontractants.
Un pacte avec le diable en somme!
[…]
Il faut se déterminer en pensant à la France. Le 24 novembre 1953 – peut-être est-ce un débat auquel vous avez participé, monsieur le ministre des affaires étrangères Pierre Mendès France s’exprimait en ces termes: « On parle souvent de choix, j’ai fait le mien, je choisis l’Europe, mais je veux les conditions de son succès, qui sont aussi les conditions du renouveau de la France.»
[…]
En votant l’exception d’irrecevabilité, je crois donc que nous commencerons à travailler à rendre aux Français un peu de cette fierté mystérieuse dont pour l’heure comme le disait André Malraux  » ils ne savent qu’une chose, c’est qu’à leurs yeux la France l’a perdue »

Un résumé rapide:
« 1992 est littéralement l’anti-1789 ! »
« un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique ».
« La souveraineté, cela ne se divise pas ni ne se partage et, bien sûr, cela ne se limite pas. «  profitant tôt au tard aux nationalistes de tout poil
« L’Europe qu’on nous propose n’est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution »

Quel meilleur hommage à Philippe Seguin et au Gaullisme Social, morts pour la France, que ce texte du 5 mai 1992 prononcé à l’Assemblée Nationale?
A côté de tous les experts auto-proclamés « européens » à l’égo surdimensionné ne sont rien en face d’un tel texte, très dur dans sa lucidité…mais tellement vrai. Une vérité jamais bonne à dire certainement pas, près de 15 ans avant tout le monde.

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Une réflexion sur “Hommage à Philippe Seguin: La Deuxième Mort du Gaullisme

  1. Wahooooooooooooooooooooooooooo!!! Quel changement !
    Fasse que cela t’amène encore plus de visites. ;-)
    Félicitations, j’aimais beaucoup avant, mais ce nouveau costume est superbe. Bravo.

    Merci pour le rappel de ce texte de Séguin contre ce modèle européen.

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    1. Merci pour les liens: je vais en profiter pour rajouter la vidéo au-dessus du texte et conserver le second précieusement ;-)

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