Sans aucune preuve matérielle. La cour spéciale de Paris doit juger en son âme et conscience le cas du berger le plus célèbre de France. Et sur la base de quoi? De témoignages. Ce n’est pas la première affaire à se baser uniquement sur des témoignages mais, ici, le doute plane pour deux raisons: la crédibilité des témoins et la manière d’obtention de ces témoignages.
Les témoins sont constitués des membres du commando présents le soir du meurtre du préfet Erignac et de… leurs familles. Les uns valident le rôle de tireur du berger, les autres ne peuvent qu’affirmer sa présence. Quant à ces révélations, elles ont été faites lors de gardes à vue jugées irrégulières par la défense (contraire à l’article 6 parag. 3 de la convention européenne des droits de l’homme (CEDH)), autant dire dans des situations peu propices à la vérité.
Et dans la mesure où ces seuls éléments s’évaporent, du fait de la rétraction des témoins, plusieurs mois ou années après les avoir faites, on ne peut qu’en déduire, en toute impartialité, que le dossier d’accusation est vide, désespérément vide.
Qu’importe, l’accusation en face, ni tenant plus, fait alors sortir de son chapeau une mystérieuse lettre où Yvan Colonna menace un des membres du commando, son ami Pierre Alessandri, qui s’accuse depuis (et à tort après la reconstitution in situ) d’être le tireur. Ni plus, ni moins. Une preuve indirecte à une participation, une épine dans le pied de la défense… si cette lettre n’était pas une simple photocopie.
Soyons pragmatiques: le dossier est donc rempli à ras bord d’accusations niées ensuite par leurs auteurs et d’une lettre à l’authenticité douteuse.
La cour spéciale de Paris va donc juger des 22 prochaines années d’un homme sur cette base. Pour rappel, nous sommes bien au XXIème siècle et en France, en 4ème année de National Sarkoziste, mais en France.
L’accusation n’a donc rien d’autre. Pas d’interprétation possible, rien que les faits, il n’y a véritablement rien d’autres. Force est de constater que si cette cour prononce la culpabilité d’Yvan Colonna, nul besoin d’être juriste de formation, mais juste d’être lucide et logique, elle commettra à coup sûr une effroyable erreur judiciaire. Ce ne sera ni la première, ni la dernière, mais simplement une de trop.
Car en face la défense possède de solides arguments: pas moins de 5 témoins oculaires (4 badeaux et l’ami même du préfet décédé) affirment officiellement devant la cour qu’Yvan Colonna ne correspond pas à l’homme vu le soir du crime! Que faut-il de plus?
L’expert en balistique d’abord sûr de lui dans les précédents procès, puis dans des interventions suivantes étrangement plus timoré, ose annoncer que la stature du berger n’est pas compatible avec le tireur.
Avec ces deux éléments à décharge, nous n’avons pas le doute, ce doute qui oblige déjà une cour, les juges ou des jurés à prononcer un acquittement faute de preuves suffisantes. En revanche, nous avons la preuve que l’assassin qui a tué froidement le représentant de la République Française en Corse, le préfet Erignac, n’est pas Yvan Colonna. Et pire, nous avons une certitude: le véritable coupable court toujours.

Curieusement, les médias, comme les "peoples", ne s’emballent pas. Le procès Colonna, 3ème opus, n’enflamme pas les rédactions malgré l’importance du sujet. La vie d’un homme est en jeu et il va probablement payé pour un crime odieux dont il n’est pas l’auteur, mais quelques articles traditionnels pour décrire et commenter le procès. Sans plus.
Où sont les Zola du XXIème siècle pour défendre ce nouveau Dreyfus? Aucun ne veut prendre la défense d’un misérable berger, pas assez bien pour un ténor de la littérature, un philosophe guindé, ni même un candidat courageux à la présidentielle 2012? Trop risqué peut être de se prononcer? Il est vrai qu’au XXIème siècle, le courage, l’honneur, la justice demeurent des termes bien moins prestigieux que l’argent et le pouvoir.
Alors même que les personnalités dites "intellectuelles" peuvent mobiliser les foules pour une inconnue à l’autre bout du monde, pour la même raison, à savoir un jugement couru d’avance, une justice tronquée et une peine forcément abjecte au regard de l’innocence de l’être condamné, ici rien. Pas la moindre action, pas la moindre réaction. Seul le milieu corse indépendantiste, trop sulfureux vu de la Capitale, milieux auquel a effectivement appartenu Yvan Colonna, reste en émoi, ne serait-ce pour manifester son agacement face à cette France à jamais perçue comme colonisatrice et despotique.
Et les autorités judiciaires et politiques de la métropole ne vont pas tarder à lui donner raison.
Après ce dénigrement médiatique, défendre un berger ex nationaliste, on peut voir dans ce procès un magnifique complot politique. Ainsi par un fabuleux hasard, dans un article précédent, nous révélions cette incroyable probabilité qu’un certain Nicolas Sarkozy puisse connaître la famille Colonna, y compris ce Yvan.
Comment ne pas s’étonner que le politicien véreux connu pour son réseau mafieux politico-industrialo-financier soit le même qui annonça l’arrestation du « La police française vient d’arrêter Yvan Colonna, l’assassin du préfet Érignac », piétinant la présomption d’innocence fondement de notre système judiciaire et qui soit à la tête du pouvoir lors de cette troisième audience? Car nul n’est dupe, la cour dépend du Garde des Sceaux, qui dépend lui même du petit Nicolas qui passait ses vacances en Corse.
Et comme pour alimenter cette machination, et commander le choix des juges, un attentat à été perpétré en Corse. 8 personnes ont été blessées dont 2 enfants. Le nationaliste corse Charles Pieri a été arrêté dans la foulée. 2 pistolets Glock retrouvés. Quel butin pour la police anti-nationaliste!
Sauf que le véritable problème dans cet attentat reste la cible, totalement inhabituelle sur l’ile, un immeuble de civils… aussi inhabituelle que le moment, la veille du verdict. Comme si quelqu’un ou un groupuscule organisé voulait rappeler aux juges que le milieu nationaliste = terroriste et qu’il faut condamner Yvan Colonna.
A moins que le message, ce qui est plus grave, ne s’adresse directement aux juges et à leurs familles en cas de mauvaise décision… une cible bien éloignée des indépendantistes corses tant en terme de localisation que de pratiques. Compatible en revanche avec d’éventuelles barbouzes de notre état sarkoziste policier.
Finalement plusieurs questions demeurent, quelle que soit la décision des juges. Pourquoi Pierre Alessandri s’accuse-t-il d’un meurtre dont il ne peut décrire la scène avec précision? Pourquoi Yvan Colonna a été nommé par le commando? Le fait que celui-ci ait été perçu comme une balance par les membres du commando, qu’il ait été contacté par ce commando, suffit-il à l’envoyer en prison pour un crime qu’il n’a pas commis?
Yvan Colonna ne paye-t-il pas plutôt une mauvaise entente, une querelle de familles entre les Colonna et les Culioli, nom de la première femme d’un certain Nicolas Sarkozy?
Si seulement les protagonistes pouvaient parler, cela éviterait une transposition de l’affaire Seznec en Corse.
Il n’y a plus qu’à attendre la motivation accompagnant le verdict…
Sources:
Au dernier jour des plaidoiries, la défense dépose de nouvelles conclusions
Aucun témoin ne reconnaît Yvan Colonna
Procès Colonna: Un témoin tente un «coup de théâtre»
Colonna: la défense plaide l’acquittement
Procés Colonna: du rififi chez les experts
Lien connexe:
Procès Colonna: Une nouvelle Affaire Dreyfus?