Audiovisuel Public: En Direct sur Frédéric Lefebvre TV

“Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage”. Un dicton qui résume vraisemblablement bien la situation actuelle entre l’UMP et le Service Public Audiovisuel (France 2,3,4 France O, Radio France…)

Frédéric Lefebvre TV ORTF

Réformer oui
L’UMP, par son porte-parole haineux Frédéric Lefebvre lâché aux journalistes non-grévistes, prône une réforme de France Télévisions pour permettre:
- que le Service Public survive à la crise tout en faisant fi des impératifs d’audience, d’où la suppression de la publicité
- que son président soit nommé directement par le premier ministre (et donc le chef de l’Etat) par souci de transparence avec la situation actuelle via le CSA
- que le groupe dirigé par Patrick De Carolis s’engage pour une TV avec plus de programmes culturels, moins de publicités au service des citoyens, sur l’image de la BBC en Grande-Bretagne.

Surprise!
Même si notre antipathique Frédéric fait partie des politiques les plus corrompus du pouvoir, de part son passé de lobbyiste, difficile d’être en désaccord sur ses 3 points.
France Télévisions par sa nature doit effectivement répondre aux attentes multiples des téléspectateurs qui en payent la redevance.
La cantonade reconnaîtra que certains jours, distinguer France 2 de TF1 semble assez difficile: jeux TV avec un gros chèque pour des questions de collège, séries américaines sanguinolantes, débats aux sujets trash (“vous êtes anarchiste transexuel et vous avez été viré du domicile familial, appelez-nous!”), présentateurs-producteurs payés en lingots (Drucker, Nagui, Delarue…) – d’ailleurs invisibles lors des manifestations de défense du service public – des JT globalement convenus et “encadrés” (sauf exception comme les biens immobiliers d’Omar Bongo ou la séquence “Mon Oeil” à 13h15 le samedi)

France Télévisions possède donc le devoir de se démarquer de la concurrence privée – et amie du pouvoir comme chacune et chacun le sait.
La mue a déjà commencé avec succès en réintroduisant le théâtre en direct le samedi soir ou en connaissant des échecs cuisants avec l’émission de Christophe Hondelatte “vendredi si ça me dit” (vu le jeu de mots à deux balles, c’était normal ;-) N’est pas intellectuel qui veut.
Et si à terme, France Télévisions se voit octroyer un devoir culturel, alors évidemment, il faut dans le même temps qu’elle soit indépendante de l’audience vis à vis à des rentrées publicitaires, ceci afin d’avoir le droit à l’erreur (cf émissions d’Hondelatte ou Picouly), ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Car ne soyons pas faux-culs, le culturel n’est pas la tasse de thé de la majorité des téléspectateurs tous les soirs après une dure journée de travail. Ni pour vous, ni pour moi.
Les citoyens ne sont pas des oies que l’on devrait gaver d’Arts et de Lettres parce que “c’est bon mangez-en!”.
Donc l’UMP a raison sur le fond, évidemment.

Et patatra…
Sauf que comme d’habitude derrière les bonnes paroles, les bonnes idées, il y a l’amateurisme du gouvernement avec les mauvaises manières, les enjeux économiques, les amis d’entreprises privées, des conflits d’intérêts. Et Frédéric Lefebvre, question funambulisme sur la corde privé/public, en connaît un rayon.
Le Service Public nécessite une réforme en profondeur avec un besoin de restructuration, des limites pour supprimer notamment les abus des producteurs réalisateurs institutionnalisés par le sulfureux et prétentieux Jean-Pierre Elkabbach, et un encadrement des programmes sans que les différentes chaînes du groupe public se fassent concurrence.
Le tout enrobé de moyens financiers dignes de ce nom, pour rappeler l’allusion de la copine journaliste de Rachida Dati, Roselyne Febvre (pas Lefebvre!), comparant France 3 à Jurassic Park et France 24 à Matrix.
Mais à l’image des réformes nécessaires et périlleuses comme le Grenelle de l’Environnement, la carte judiciaire, la réforme des armées, comme tout travail bien fait, ceci prend du temps.

Tea for two…
Nos amis anglais – non je déconne ;-) – ont pris 4 ans pour réformer leur BBC, modèle de l’UMP, 4 ans pour consulter l’ensemble des parties, l’ensemble des intervenants techniciens, scénaristes, financiers, téléspectateurs…
En France, il n’aura fallu qu’un seul jour à la parodie de président de la République et en consultant une seule personne, le patron de TF1 Martin Bouygues qui demandait dans un livre blanc la suppression de la publicité sur le service public pour accroître ses marges, et sans penser une seule seconde à la culture.
Culture qui, rappelons-le, était pourtant “obligatoire” dans le cahier des charges lors de la privatisation de l’ancienne première chaîne de l’ORTF en 1986.
Mais les années passent et le temps de cerveaux est de moins en moins disponible, alors il a semblé tentant de jouer la facilité: télé-réalités, JT téléguidé par l’Elysée, autocensure à outrance, manipulation des reportages pour faire plaisir au Pouvoir, séries américaines à n’en plus finir, moins de film, aucun théâtre, aucun documentaire, à part le moins en moins mensuel Ushuaïa, caution écologique de la chaîne avec Evelyne Dhéliat (sic!).

Pour compenser les pertes liées à la suppression de la publicité, les chaînes privées vont être taxées à hauteur de 3% sur leur revenu publicitaire. Beau cadeau sur le papier pour France Télévisions.
Sauf que le détricotage de Paul pour rhabiller Pierre, s’est transformé par un amendement en fourchette d’imposition de 1.5 à 3% suivant le contexte économique.
Difficile de faire plus plaisir aux chaînes privées qui trouveront forcément une excuse pour se déclarer en crise, la TNT étant à la mode cette année, ces chaînes gratuites ayant osé reprendre les recettes du lavage de cerveau des français inventé par l’ex-dg de TF1 Patrick Le Lay: rediffusion à outrance, jeu débile avec des grosses cagnottes…
Et France Télévisions devient ainsi indirectement sensible à la crise, puisque l’Etat dont les caisses sont vides, d’après le p’tit Nico – mais pas pour les banques – pourra difficilement pallier la différence entre 3% au mieux et 1.5% au pire.
Quant à la taxe sur les opérateurs télécoms, dont le groupe Bouygues (re-sic!), les fournisseurs d’accès y sont totalement opposés et comptent bien porter l’affaire devant la justice.
Il est vrai qu’au nom de quoi, elles devraient financer le sauvetage d’un média concurrent, aux méthodes et rôles radicalement opposés?
France Télévisions sera ainsi subordonné aux goûts et aux couleurs du pouvoir en place, puisque dépendant intégralement de celui-ci. Difficile de mordre la main qui vous nourrit!

Menaces et provocations
Des doutes concernant les arrières-pensées de l’UMP plutôt légitimes puisque deux députés de ce parti ne se privent pas pour annoncer leur souhait de supprimer le JT du 19/20 le soir sur France 3. Ni plus, ni moins!
Ces deux députés, les courageux Jacques Myard et Lionel Luca, s’en prennent directement au JT d’Audrey Pulvar, qui fait pourtant une audience de près de 5 millions de téléspectateurs (environ 20% de part de marché ou pdm).
Audrey Pulvar qui était une des rares figures de France 2 / France 3 ) oser se présenter en tête du cortège de mardi dernier. Etrange coïncidence, probablement pour faire pression sur elle et les autres personnalités qui voudraient l’imiter.
Le député Jacques Myard va même plus loin en ajoutant: “il y a un journal télévisé de trop et il faut en supprimer un”[...] France 3 national, on s’en fout. Il vaut mieux mettre le paquet sur le régional”
Chassez le naturel, il revient au galop!

Pour conclure, il semble évident que la réforme de France Télévisions et au-delà, du Service Public Audiovisuel est obligatoire et vitale.
Mais le principe légitime sert d’excuse au gouvernement pour au contraire favoriser les amis intimes et privés qui ont financés la campagne du chef de l’Etat, et démembrer à terme le service public.
Si en plus, on peut détruire du même coup la carrière du très Chiraquien Patrick de Carolis, cela justifie le sourire narquois du petit garçon devant le parterre de journalistes lors de l’annonce tonitruante, pour ne pas dire mortelle, de la suppression du service public.

Pour France Télévisions, le Mieux promis par l’UMP sera l’ennemi du Bien actuel.

Plus d’infos sur la spécialité de Frédéric Lefebvre, la corruption le lobbying, avec sa société Pic Conseil et le désormais culte Club parlementaire pour l’avenir de l’audiovisuel (CPAA): ici. Un véritable scandale!

5 réponses vers “Audiovisuel Public: En Direct sur Frédéric Lefebvre TV”

  1. emachede a dit :

    Malheureusement oui… ;-)
    D’ailleurs regardez sa photothèque avec ses “caricatures”
    C’est un grand ami visiblement du grand parrain des eaux de Seine: André Santini

    Merci pour cette précision.

  2. De rien ! (je précise que j’ai toujours trouvé Lefebvre frès antipathique, mais c’est son rôle d’être le cerbère à l’UMP).

    Audiovisuel public > Cela fait des décennies que nous payons la redevance. POur moi la situation anormale est l’existence des 2 : redevance + pub.
    En payant la redevance la logique voudrait que la pub disparaisse non ? Les chaînes privées sont plus cohérentes : pas de redevance mais des pubs.

    Autre remarque , que je rapporte de chez infreequentable (http://infreequentable.over-blog.com/article-24963295-6.html) :

    “Les intellos du « service public », z’ont pas compris un truc : plus ils demandent du pognon de l’Etat, plus ils seront sous contrôle… du même Etat.”

    A méditer je pense …

  3. emachede a dit :

    Petite omission. Pour vivre uniquement de la redevance il faudrait l’augmenter au niveau de celle de la BBC, qui est l’une des plus élevées, de mémoire.

    C’est un vrai choix politique. Le fait de mixer les deux, pubs et redevance, permet d’assouplir la dépendance vis à vis de l’Etat, avec l’inconvénient d’avoir une part fluctuante dépendante de l’audience.
    Choix cornélien qui nécessite plus qu’un livre blanc de TF1 de toute manière.

    Pour Fred Lefebvre c’est un effectivement un rôle… de composition ;-)

  4. > “il faudrait l’augmenter au niveau de celle de la BBC, qui est l’une des plus élevées, de mémoire.”

    Oui, elle est de 200 euros (120 en france).

    Lefebvre : un rôle de composition, il est payé pour ça. La politique n’est pas un milieu de bisounours.

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