Affaire Bruay-en-Artois : l’indépendance de la Justice déjà mise en cause en 1972

Excellent téléfilm hier soir sur TF1 sur l’affaire Bruay-en-Artois avec dans les rôles principaux Bernard Le Coq, jouant un notaire inculpé du meurtre d’une jeune fille et Tchéky Karyo le juge en charge de l’instruction.
L’histoire est celle d’une fille de 15 ans Brigitte Dewèvre (Marie Lafaille dans le téléfilm) sauvagement assassinée à Bruay-en-Artois en pleine houillères du nord en avril 1972.

Suite aux différents témoignages et des mensonges à répétition, les soupçons du juge se porteront d’abord sur le notaire des houillères, Pierre Leroy. Sauf que ceux-ci font partie des notables de la région et sont donc protégés par leurs pairs et crains par la population. Le juge, tel l’incorruptible Elliot Ness, ira jusqu’au bout de ses convictions pour tenter de prouver la complicité du notaire et la culpabilité de sa fiancée, après la reconstitution officielle et la découverte d’autres éléments à charge.

C’était sans compter les menaces de la hiérarchie, via le procureur de la république de l’époque, qui parviendront, au nom de la paix social 4 ans après les événements de mai 68, à retirer l’affaire du juge trop fouineur.
A l’époque non seulement le juge fut condamné pour diffamation à l’encontre du notaire, pourtant au moins complice, mais en plus le juge qui reprendra l’affaire fut, comme par hasard, celui qui instruisit le dossier de l’Affaire Ben-Barka
A cela s’ajouteront la condamnation à 4 ans d’emprisonnement du petit ami de la victime sur la base d’un faux témoignage, celui de l’opticien qui reconnu les lunettes de la victime chez le présumé coupable, et la disparition providentielle de l’ensemble des pièces du dossier, histoire qu’aucun juge ne puisse reprendre l’affaire a posteriori avant 2005 date de prescription. L’affaire fut classée sans suite dès 1981.
Ce meurtre fit partie de toute une série de crimes sadiques perpétrés d’après les soupçons de l’époque, par le club de notables dont faisait partie le notaire. Crimes jamais résolus et impunis.

Un téléfilm intéressant et inoubliable dans la lignée de ceux sur Marie Besnard (interprétée par Muriel Robin) et l’Affaire Ben Barka, avec en toile de fond, la fameuse Raison d’Etat, la vindicte populaire qui pousse souvent à l’erreur judiciaire, et ce mystère d’enquête inachevée voire tronquée par le pouvoir en place.

Un rappel de plus pour le strict respect de la séparation des pouvoirs: législatif, exécutif, judiciaire, garants des valeurs de la République et des droits de l’Homme, tous deux trop souvent bafoués., à l’époque de ces faits ou même de nos jours

Plus d’infos sur les faits avec le livre du sulfureux et parfois nauséabond journaliste d’investigation Jean Ker, le Fou du Bruay

Une réponse vers “Affaire Bruay-en-Artois : l’indépendance de la Justice déjà mise en cause en 1972”

  1. Une affaire similaire :

    http://www.disparusdemourmelon.org

    Des débuts à nos jours. un site à découvrir.

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