Scandale Nucléaire (Suite): Une fuite d’uranium naturel près de Tricastin

Etrangement après que la CRIIRAD ait denoncé le 4 juillet dernier l’enfouissement à même le sol sans aucune protection de déchets radioactifs par Areva sur le terrain du CEA (actionnaire d’Areva) à Tricastin, voir ici, on apprend la fuite d’uranium naturel pour l’entreprise SOCATRI.
Curieuse coïncidence.

Cette fuite est jugé mineure, niveau 1 sur 7 sur l’échelle des incidents nucléaires, d’autant plus qu’elle est constituée à la base de minérais d’uranium, et non d’uranium enrichi qui lui est hautement radioactif.
Aucun souci à se faire donc. Mais paradoxalement les baigneurs des étangs aux alentours ont été invité à sortir immédiatement des eaux de baignades et les pêcheurs à ne pas consommer leurs prises.
L’ASN, l’Autorité de Sureté Nucléaire, la même autorité dénoncée par la CRIIRAD pour sa passivité dans l’affaire du tumulus, est sur le coup bien qu’elle n’ait pas identifiée “la source de la contamination”.
La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité stipule dans son communiqué d’aujourd’hui à propos des événements qu’il y a eu “violation de la limite annuelle de rejet” 307 MBq au lieu 71,7 MBq en isotopes de l’uranium et “violation de la limite d’activité volumique (concentration)”. Cette association met aussi en avant plusieurs points problématiques:

  • le déversement accidentel a eu lieu dans un ruisseau “qui ne présente pas les capacités de dilution requises”
  • la pollution des sols autour du site n’a pas été communiqué
  • il reste à confirmer par des analyses détaillées qu’il n’y a pas eu d’uranium d’origine artificiel
  • comme d’habitude lorsqu’il y a dépassement excessive des normes réglementaires de rejets, les industriels préférent communiquer en gramme (ici 12g/L) et non en Bq/L. Dans le cas qui nous concerne, la pollution dépasse de 6000 fois la norme permise.

Preuve que les sondages ne sont pas les seuls cas, où l’on peut faire n’importe quoi aux chiffres. Il suffit de changer les unités.

Question légitime: a-t-on voulu maquiller des traces de radioactivités dans les zones alentours alors que des enquêtes complémentaires étaient diligentées?

Si vous ne connaissez pas la SOCATRI, elle avait déjà été impliquée dans un projet en 2005 visant à fondre 1.000 à 1.500 tonnes de ferrailles via une autre entreprise au doux nom de FleursMetal. Voir ici

Faisons confiance aux experts et aux autorités publiques, les mêmes qui en 1986 nous avaient clairement précisé que le nuage de Tchernobyl n’avait pas franchi les frontières françaises.

Parce qu’affoler les foules ne sert à rien, certes, mais leur mentir est bien pire.

Et si vous avez un peu de temps, un bel outil pédagogique sur la désinformation de l’Etat Français à propos du nuage nucléaire ukrainien.

Emission C-dans-l’air



Plus d’infos sur le site Renseignements Généreux et criirad.org

MAJ du 9 Juillet: Se plaignant d’un manque total de clarté de la part de la SOCATRI, la CRIIRAD a effectué dès aujourd’hui des analyses complémentaires à l’ASN. En l’absence de rapport détaillé de l’exploitant, l’association indépendante souhaite connaitre la nature de l’uranium déversé (naturel ou non), la quantité exacte (on oscille entre 6,25 m3 à 30 m3 de liquide contaminé !) et surtout pourquoi il a fallut 7 heures à la SOCATRI pour prévenir les autorités compétentes. Le maire de la commune la plus proche n’ayant été prévenu que 12 heures après!
La directrice de la communication Catherine Dalverny de la filiale d’Areva a expliqué ce soir sur i-télé le retard d’information par le fait que le débordement de la cuve par le liquide de rinçage contaminé n’ait été constaté qu’à 4 heures du matin. Selon elle, “on a procédé à un certain nombre d’analyses et d’identification et c’est dès 04H00 du matin, quand on a eu les éléments, qu’on a lancé des prélèvements (…). On a lancé un certain nombre de prises d’échantillons dans les égouts du site et à ce moment-là, sur la base de ces éléments, on a mis en place ce qu’on appelle dans notre jargon notre organisation interne de crise. Et dans la foulée, on a prévenu la préfecture et les autorités de sureté”

Pour rappel, vous pouvez lire un autre scandale à Tricastin dénoncé par la CRIIRAD et mentionné sur ce blog, 4 jours avant: ici

MAJ du 16/07/2008: Il aura fallut attendre 14 jours pour que le communiqué de presse du 4 juillet de la CRIIRAD sur le tumulus de déchets radioactifs soit diffusé par les plus grands médias. Affligeant. A lire sur leMonde.fr dernier paragraphe.

Laisser un commentaire