L’affaire Ben Barka ou la promesse envolée d’un monde meilleur?
Nul doute que si Ben Barka n’avait pas été enlevé puis assassiné par les sbires marocains d’Hassan II, le monde aurait été sûrement différent. Quant à savoir s’il aurait été meilleur…
Vous aurez compris, petit post pour parler du téléfilm diffusait lundi et hier soir sur l’affaire Ben Barka. Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi, on peut schématiser l’affaire ainsi, schématiser car c’était un film de fiction basé sur des faits réels.
Début 1960, Ben Barka fait figure d’espoir dans son pays le Maroc, pays qui subit une grave crise économique sous la monarchie dictatoriale d’Hassan II. Ben Barka, président de l’Assemblée consultative créée après l’indépendance marocaine, est obligé de fuir son pays après de multiples tentatives d’attentats fomentées par les services secrets du souverain.
Après s’être réfugié en Algérie, il s’installe en Egypte au Caire avec toute sa famille. Son ambition politique est double.
Revenir au pays en libérateur pour installer un état socialiste, ce qui implique la nationalisation des principales entreprises, l’éducation pour tous, la liberté d’expression ainsi que l’arrestation des militaires corrompus du dictateur en place Hassan II.
Rien que ça !
Le deuxième objectif de Ben Barka est via l’organisation qu’il créé, la Tricontinentale, de rassembler les peuples opprimés sous les différents empires coloniaux des 3 continents, Afrique, Amérique du Sud, Asie.
Une grande conférence, réunion fondatrice de ce mouvement, est même programmée à Cuba soit à 150Km des USA, qui voient des très mauvais oeil un tel regroupement avec à la table des négociations ses pires ennemis de l’époque, l’Union Soviétique et la Chine.
Trop c’est trop pour les USA. Ainsi la CIA et les services secrets Marocains s’allient pour arrêter l’engouement populaire autour de Ben Barka.
En France, De Gaulle propose une protection à Ben Barka, soucieux de conserver ce poil à gratter anti-américain.
Malheureusement, après de multiples tentatives infructueuses, les espions marocains attirent Ben Barka dans un guet-apens à Paris, pour la préparation d’un film sur la Tricontinentale, un comble puisque c’est l’idée proposée par B.B. à son meilleur ami journaliste.
Venant seul et faisant confiance à des barbouzes françaises (agents double voire triple foncièrement corrompus), Ben Barka est livré aux autorités marocaines arrivées discrètement en France.
Celui-ci est d’abord arrêté par deux vrais flics français écervelés et manipulés qui le livreront ensuite à ses tortionnaires dans une demeure cossue à quelques kilomètres de Paris, Fontenay-Le-Vicomte.
Les hommes de mains, dont le fameux général Oufkir, tentent de faire parler Ben Barka mais il décèdera de ses blessures avant.
Son corps est emmené manumilitarie au Maroc en catimini grâce notamment à un agent des douanes peu regardant, ami du barbouze / chef d’escale à Orly, Mr Lopez, personnage central de cet enlèvement, sans qui rien n’aurait été possible.
Ainsi, pour résumer, la mort de Ben Barka est dûe à l’incompétence des services secrets français (SDECE et RG) qui basaient leur renseignement sur des barbouzes hautement corruptibles dont des ex-membres de l’OAS.
Mais l’incompétence des services secrets marocains est aussi impliquée puisque selon toute vraisemblance, Ben Barka n’aurait jamais dû mourrir en France, selon les plans, et les nombreux secrets qu’ils possédaient dont les numéros de compte de la Tricontinentale, non pas été connus de ses tortionnaires.
Le tout se déroulant à 3 jours de l’annonce du Général De Gaulle pour sa candidature à la première élection au suffrage universel, les haut-fonctionnaires français, dont Papon préfet à l’époque mais qui n’a pour une fois pas fait grand chose à se reprocher, ont passé plus de temps à nettoyer toute trace d’implication de 2 flics français et faire sauter les fusibles ( haut-gradé du SDECE et des RG) qu’à s’occuper du sort du pauvre Ben Barka.
Un excellent téléfilm du service public, mais qui aurait pu abordé un peu plus les raisons politiques du départ de Ben Barka de son pays. Des acteurs tous impeccables et crédibles à souhait.
On regrettera que les manuels d’Histoire du Collège et du Lycée, pour mémoire, ne laissent aucune place sinon une ou deux phrases, à cette terrible affaire, double fiasco des services secrets marocains et français, bien loin du stéréotype de l’agent 007.
Plus d’infos plus détaillées: ici
Cet article a été publié à 23 janvier 2008 à 08:01 et est archivé sous Diplomatie Française, Scandales avec des tags ben barka, de gaulle, Diplomatie, france, hassan II, Maroc, services secrets. Vous pouvez suivre toutes les réponses à cet article grâce au flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.
21 février 2008 à 06:02
Interview avec son fils, Bachir
Pour commencer, surtout pour les jeunes qui n’ont peut-être pas connaissance de “l’affaire” Ben Barka, pouvez-vous nous rappeler les circonstances de l’enlèvement de votre père ?
Le vendredi 29 octobre 1965, à 12h30, Mehdi Ben Barka, mon père, avait rendez-vous à la brasserie Lipp, boulevard Saint Germain, à Paris, avec un journaliste, un producteur et un scénariste, pour discuter de la préparation d’un film sur le thème des mouvements de libération nationale en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Ce film devait être présenté à l’ouverture de la conférence tricontinentale à la Havane en janvier 1966. Le film devait s’intituler Basta !
Ce rendez-vous était un piège. Avant d’arriver à la brasserie, mon père était interpellé par deux policiers français, qui lui ont présenté leurs cartes et lui ont demandé de les suivre. Il est monté dans leur voiture officielle. Il était en confiance. Mais dans cette voiture se trouvaient d’autres personnes, dont un agent - un “honorable correspondant” selon le terme convenu - du SDECE, c’est-à-dire des services secrets français, et également un truand, un homme de main. L’agent du SDECE portait une fausse moustache et une perruque pour ne pas être reconnu par mon père, qui le connaissait.
La suite sur ce lien : http://www.lariposte.com/L-Affaire-Mehdi-Ben-Barka-Interview-avec-son-fils-436.html
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